TERTULLIEN ET L'EPISTULA MARCIONIS
On demeure encore confondu devant la diffusion rapide et universelle du marcionisme. Peu après l'année 150, Justin écrit déjà dans son Apologie que l'hérésie s'est répandue « dans toutes les nations humaines» (1). Un tel succès n'eût pas été possible, au jugement de Harnack, si Marcion n'avait pas doté sa doctrine de solides fondements théologiques : son NT et ses Antithèses (2). Celles-ci ne devaient pas être pourtant un instrument de propagande fort maniable ; sans aller jusqu'à la longueur des Syllogismes d'Apel- lès, disciple de Marcion, qui avaient au moins 38 livres, au témoignage d'Origène (3), on peut penser qu'un ouvrage de critique biblique, se proposant de rétablir la véritable histoire des Apôtres, de restaurer le sens de l'Evangile et de confronter l'AT aux actes et aux paroles de Jésus-Christ, devait être assez étendu et d'une diffusion difficile. Aurions-nous de quoi supposer qu'un autre ouvrage, beaucoup plus court, a servi du moins en Occident, à vulgariser plus efficacement la doctrine de Marcion ?
On sait, à vrai dire, depuis longtemps, que l'hérétique avait aussi écrit une certaine lettre, que Tertullien cite plusieurs fois pour démontrer que son adversaire fut chrétien avant d'être hérétique (4). Mais on ne s'accorde guère sur le sens et sur le contenu de cette lettre. Tantôt Tertullien nous affirme que les marcionites en admettent l'authenticité ; tantôt il laisse entendre qu'ils la con-
(1) xaxà rcâv ïévo ; dvOpcmtwv , Justin, I Apol., 26, 5, éd. L. Pautigny, Paris (= Textes et Documents, 1), p. 52 ; cf. Harnack, Marcion2, Leipzig, 1924 (= TU, 45 A), p. 6*.
(2) Harnack, op. cit., p. 161-152, ch. VIII et annexe VI.
(3) Cf. Id., ibid., p. 178.
(4) Cf. Tertullibn, Marc, I, 1, 6 ; IV, 4, 3-4 ; Carn., 2, 4.


















