L'abbé de Catelan
ou l'erreur au service de la vérité
L'abbé de Catelan s'est signalé à l'attention des historiens des sciences par les polémiques malheureuses qu'il ouvrit contre les génies de l'heure et qui furent conclues à ses dépens. Huygens, Leibniz, Johann Bernoulli, L'Hospital ont été contraints de répondre à ses coups, sans pour autant prendre au sérieux ses objections. Sa qualification scientifique fut un énorme malentendu. Nous développerons, en effet, cette monographie comme on ferait d'un négatif de l'histoire : les ombres d'étroite obédience cartésienne, les flous des formules dépassées ou mal assimilées, les voiles de l'entêtement ou de la mauvaise foi, n'ont servi qu'à donner un plus grand relief aux réponses de ses adversaires. Il eut, en effet, ce don de susciter des éclaircissements dont certains feuillets sont de première importance. Les historiens de la philosophie se sont également demandé quel avait pu être son rôle auprès de Male- branche. Après avoir réuni les pièces qui formeront les Œuvres complètes de l'Oratorien, nous pouvons juger du rôle retardateur de Catelan à ses côtés.
L'homme
Le personnage est si énigmatique qu'on en doit d'abord affirmer l'existence et préciser l'individualité. Ce n'est ni un prête-nom, ni un faux-nom, ni un double-nom, et on ne saurait le confondre avec des personnages portant les mêmes initiales (1). La découverte de documents manuscrits portant sa signature, établissant l'existence d'une écriture individualisée, cachetés à des armes propres, ou d'écrits le concernant, confirme la présence réelle de ce personnage dans la république des lettres des années 1675-1710.
(1) M. Gueroult (« Sur deux abbés cartésiens que l'on peut confondre », Bulletin de la Faculté de Strasbourg, janv. 1936, pp. 93-97) avait précisé la différence entre de Catelan et de Conti. Des confusions furent également nossibles avec de Cordemoy.
T. XI. — 1958 19

















