REMARQUES SUR LA DÉCOUVERTE DE L'ISLAM
PAR L'OCCIDENT, A LA FIN DU MOYEN-AGE
ET A LA RENAISSANCE.
Il est étonnant de constater, lorsque l'on étudie les réactions des clercs ou des érudits occidentaux face à l'Islam, combien quelques théologiens du Moyen Age, même au moment des croisades, ou certains voyageurs de la Renaissance, à l'époque où l'Europe se lance dans ses premières conquêtes, ont pu être ouverts vis à vis de la religion musulmane et attentifs dans leur lecture du Coran, comme si la piété médiévale ou l'enthousiasme humaniste étaient plus aptes à appréhender les faits religieux et culturels que ne le seront le rationalisme et le matérialisme. On observe en effet une relative ouverture des esprits face à l'Islam, considéré, à ses origines, comme une hérésie qui, tout en divergeant de l'orthodoxie chrétienne sur des points essentiels, recèle une part de vérité et doit être réfutée par l'apostolat ou le dialogue : cette attitude, présente dans les écrits de Pierre le Vénérable, au XHè siècle, se manifeste encore à la fin de la Renaissance chez Guillaume Postel ou Jean Bodin. Bien entendu, suivant le temps et le lieu, parfois aussi en fonction de la personnalité des auteurs, «l'hérésie mahométane» est combattue avec plus ou moins de virulence, et on va jusqu'à traiter Mahomet d'antéchrist suscité par Satan pour châtier le Christianisme assoupi ou corrompu. Pourtant, avec la Renaissance, apparaît une autre interprétation suggérant que la religion musulmane constitue une gigantesque supercherie politique destinée à fonder une théocratie, Mahomet n'ayant été, comme Moise ou peut-être même Jésus, qu'un imposteur ambitieux et fanatique : ce point de vue, exprimé à diverses époques, particulièrement dans les propos des premiers «athéistes» du XVIè siècle, réapparaîtra beaucoup plus tard, au XVIIè siècle ou même dans certains pamphlets contemporains de l'Encyclopédie ; il ne dénote pas toujours, on s'en doute, une étude très rigoureuse du Coran et de la tradition islamique.
Les références précises à l'Islam et les citations explicites du Coran sont d'ailleurs assez tardives dans la littérature théologique occidentale. Jean Damascene, par exemple, vers 750, dans une Disceptatio où il fait dialoguer un Chrétien et un Sarrasin, semble surtout relever le fait que l'Islam, refusant

















