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MODERNE ET CONTEMPORAINE
Tome XXII JUILLET-SEPTEMBRE 1975
QU'EST-CE QUE LA COLONISATION ?
« L'idée coloniale », en France comme ailleurs, est rien moins que claire et distincte, et ne progresse pas vers plus de netteté, bien au contraire. « Colonisation », « colonialisme », « impérialisme », voilà des termes plus ou moins indistinctement utilisés dont le regroupement constitue une nébuleuse sémantique aux contours « De quoi s'agit-il ? » : personne ne le demande, car chacun est censé le savoir ; chacun porte en soi sa propre définition, d'autant plus subjective et d'autant moins rigoureuse qu'elle reste le plus implicite. C'est pourquoi les discussions entre « colonialistes » et « anticolonialistes », par exemple au sujet du problème algérien, ou plus récemment à propos du caractère « colonial » de l'État d'Israël 1, ont pris le tour de controverses chaotiques et stérilement polémiques. Mais qui de nos jours ose s'avouer « colonialiste » 2 ? La colonisation est perdue de réputation ; elle fait honte. Pourtant elle n'est pas
Qui dit colonisation pense domination, et qui pense domination sous- entend exploitation. Si bien que la colonisation, souvent nommée, n'est jamais pensée. Par le fait de ce quiproquo permanent, la colonisation est le contraire de l'Alsace-Lorraine après le traité de Francfort : « Parlons-en toujours, n'y pensons jamais !... » Nous nous perdons dans le dédale des classifications des différents types et des différents de colonisation : classifications économiques, juridiques, histori-
1. « Israël, fait colonial ? », par Maxime Rodinson, dans Les Temps Modernes n° 253 bis, dossier sur le conflit israélo-arabe (1967), p. 17-88.
2. Inventé par les anticolonialistes (Molinari, 1895), le mot « colonialisme > est péjoratif dès le début. Cf. Charles-Robert Ageron, L'anticolonialisme en France de 1871 à 1914, Paris, PUF, 1973, p. 5.
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