BIBLIOGRAPHIE
Saint-Simon, С. H. de. La physiologie sociale, œuvres choisies. Introduction et notée de Georges Gurvitch, Paris, Presses Universitaires de France, 1965, 165 p. 10 F (Bibliothèque de Sociologie contemporaine).
Gurvitch, Georges. Proudhon, sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie, Paris, 1965, 116 p. 5 F (Philosophes).
En publiant coup sur coup des Œuvres choisies de Saint-Simon et un Proudhon, Georges Gurvitch accomplit deux actes étroitement liés. D'abord il s'agit de deux ouvrages parallèles, composés chacun d'une étude sur l'auteur et de textes choisis (avec un équilibre inverse, la part du texte l'emportant largement pour Saint-Simon et la part d'analyse étant prépondérante dans le Proudhon) destinés à mettre en relief la sociologie recelée par la pensée complexe de deux penseurs sociaux français. Mais surtout, de ceux-ci, le second est aux yeux de leur présentateur l'un des plus authentiques successeurs du premier (plus authentique, à en croire G. Gurvitch, qu'Auguste Comte lui-même). A aucun moment de sa vie, toutefois, Proudhon ne semble s'être directement inspiré de Saint-Simon, et, pour être « successeur », Proudhon n'est pas dit « disciple ». Pourquoi donc cette parenté intellectuelle ? Est-ce parce que Proudhon parle de « force collective » et reproche aux classes élevées leur « oisiveté » (Ph. Soc, p. 34) ? A ce compte, la postérité de Saint-Simon serait à envisager dans son sens le plus large. Est-ce à cause de l'économisme anti-étatique dont firent preuve successivement les deux hommes ? Sans doute trouve- t-on là un élément de parenté plus décisif qui touche à la qualité de sociologue reconnue à l'un et à l'autre par leur présentateur commun.
Le secret de cette parenté est sans doute pour une grande part révélé inégalement par une opposition commune à Comte, dont G. Gurvitch se plait à accuser les contours. Comte, ce serait l'autoritarisme de Maistre et de Bonald institué en système de relations sociales, Saint-Simon et Proudhon, ce sont les relations et les forces sociales se combinant et se diversifiant, s'organisant et s'opposant. Ce qui semble séduire particulièrement G. Gurvitch chez Saint-Simon comme chez Proudhon, c'est la manière dont l'un et l'autre perçoivent plus ou moins clairement un déterminisme social immanent à la société, par opposition à un principe d'ordre qui lui viendrait d'au-dessus. En cela, on peut dire que la parenté mise en relief par G. Gurvitch ne fait qu'un avec l'affinité commune qu'il ressent à l'égard des deux auteurs. Cela suppose, bien entendu, une interprétation personnelle de la pensée de l'un et de l'autre, ce qui est légitime.
Cette question de l'interprétation se posait avec évidence dans le cas de Saint-Simon, puisque l'opinion commune tend à faire remonter à Auguste Comte la sociologie proprement dite et que l'on conteste fréquemment à Saint-Simon la qualité de sociologue. C'est cette qualité que G. Gurvitch met en évidence et il a, pour cela, choisi le meilleur moyen, celui de présenter les pièces du dossier. Pour qui ne connaîtrait pas la pensée de Saint-Simon, la démonstration est convaincante. A ce titre, la Physiologie sociale comble une lacune considérable. D'un point de vue plus pratique, l'enseignement de
90


















