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Mais ce n'est cependant pas un plan directif qui permettrait de fixer l'ensemble des objectifs à atteindre et l'ensemble des moyens à utiliser pour y parvenir. C'est une voie moyenne dans laquelle l'initiative individuelle privée a la possibilité et peut être encouragée à s'épanouir. Le rôle du prévisionniste est donc de se mettre « en situation », de jouer le rôle de ces individus, de ces personnes physiques ou morales qui, confrontées à une réalité économique mouvante, auront tel ou tel type de comportement. Ceci sera rendu possible par la connaissance des mouvements de l'économie, puisque c'est le plan qui instrumentera ces mouvements. Le prévisionniste français a donc, tout compte fait, une tâche plus simple que celle de l'américain, car les données du problème sont moins complexes et son champ de prévision plus limité. Mais au total, si le système économique induit le système de prévision, il est un type d'évolution qui place les différents spécialistes devant un problème semblable, quel que soit le contexte économique, c'est la prévision dans le domaine extra-économique : la prévision scientifique en particulier requiert des méthodes semblables. De même, la prévision des catastrophes « naturelles » (cyclones, raz de marée, éruption, etc.), différente de la détection à court terme, pose les mêmes inconnues aux différents prévisionnistes. On peut bien sûr penser que tous ces domaines sont liés, que les progrès scientifiques permettront de prévoir et peut-être d'éviter les catastrophes naturelles, qu'une politique économique sainement orientée vers l'avenir doit promouvoir une politique scientifique susceptible d'engendrer découvertes et innovations, mais la situation, au moins à moyen terme, n'est pas encore si idéale. Toutefois, la distinction entre le domaine économique et les autres domaines mérite que l'on s'y attarde un peu, car l'importance de l'économie dans l'étude prospective n'est pas sans danger. En effet, il est frappant de constater à quel point les comptables nationaux ont institué des instruments de mesure contraignants. La mesure commune, unique pourrait-on dire, bien que souvent très critiquée, demeure lorsqu'il s'agit de comparer des évolutions de niveau de vie le Produit National par habitant. Hermann Kahn et Anthony Wiener lui accordent une confiance absolue dans leur ouvrage : c'est la référence chiffrée qui est constamment utilisée. Cette attitude est également celle des comptables nationaux français, qui assimilent souvent les deux concepts, Produit National Brut par habitant et niveau de vie. Pour bien saisir l'importance de la différence entre ces deux notions, la lecture d'un autre ouvrage de Bertrand de Jouvenel est indispensable : Arcadie.