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TIERS MONDE

et en une non-intervention systématique de l'Etat, le prévisionniste devient un simple visionnaire, un « prophète » qui décrit le futur avec plus ou moins de bonheur. Or, aussi bien Bertrand de Jouvenel que l'équipe du Hudson Institute, se défendent d'une telle situation. Leur objet est autre, et il est décrit dans leurs ouvrages avec une grande netteté. Ils pensent que les prévi- sionnistes doivent jouer un rôle auprès de l'appareil d'Etat qui « envisage » le futur. Il est à remarquer qu'à l'opposé, si l'économie est totalement planifiée, si chaque décision économique est étudiée, décidée et notifiée, alors l'objet du prévisionniste fait défaut. Il suffit, à sa place, d'un auteur capable de donner une bonne description de l'avenir économique attendu de l'exécution des différents projets ou plans. Ceci est d'ailleurs parfaitement illustré par l'ouvrage de Han Suyn, La Chine de l'an 2001. Ce n'est pas un futurologue qui prévoit l'avenir, mais un écrivain qui décrit le destin économique d'un pays qui affirme maîtriser et construire son avenir économique. Mais aux niveaux occidentaux, le prévisionniste a un autre comportement, et qui diffère selon qu'il est américain ou français. En effet, le système économique américain a longtemps servi de modèle du libéralisme, de la non-intervention de l'Etat. Il faut cependant constater qu'un certain nombre de nuances sont à apporter à cette attitude économique, qui garde son aspect de symbole, mais dont le principe a subi quelques altérations. En effet, le Pr Gerhard Colm, économiste en chef de la National Planning Association de Washington, estime qu'il y a de plus en plus aux Etats-Unis : i° Une planification des programmes publics (program planning); 2° Une planification des affaires privées (business planning) ; 3° Une planification de la politique économique (economic policy planning) (i). Il est, en particulier, intéressant de noter que parmi les moyens d'action du gouvernement des États-Unis figurent les interventions monétaires et la direction du crédit, la fiscalité, les dépenses publiques, l'organisation de la production et des marchés agricoles, le guidage des prix et des salaires, les transferts sociaux et les facilités au logement, la politique de développement régional sans oublier le programme d'aide à l'étranger. Aussi, sans bien sûr pouvoir parler de planification, il est important de noter que certains types d'interventions économiques sont à envisager, et ceci intéresse au plus haut point le prévisionniste. Ces interventions ne sont pas centralisées, élaborées pour une même période d'une manière globale, mais elles peuvent se manifester simultanément, ou à des périodes différentes, par des actions importantes ou minimes, chacun de ces actes ou de ces faisceaux d'acte ayant des effets que peut diagnostiquer le prévisionniste. Malgré cela, l'attitude du prévisionniste américain est encore celle d'un futurologue, car induite par un système économique finalement très souple, elle ne peut mettre à sa disposition que des formes d'interventions très nuancées. Le prévisionniste français se situe quant à lui dans un contexte économique différent. Le système français de planification indicative comporte des possibilités d'intervention beaucoup plus manifestes qu'aux Etats-Unis, et le plan français, très justement défini par Bertrand de Jouvenel comme une « prédiction à valeur normative », se veut un instrument économique efficace globalement.

(i) Cité dans l'étude publiée au J.O. du Conseil économique et social du n octobre 1969, intitulée : « Expériences de planification à l'étranger. »

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