670 / POLITIQUE ÉTRANGÈRE
toujours, le fait que la multiplication des proclamations et des procédures et donc l'accumulation des informations aboutissent à une banalisation des violations, d'autant que s'ajoutent à cela les effets de l'ambiguïté. Ambiguïté des Etats, qui instrumentalisent largement les droits de l'homme, ce que l'on perçoit dans le dosage de leurs réactions à des situations de violation, en fonction des intérêts en présence, et dans l'apprentissage qu'ils font du système, ce qui les conduit, plutôt qu'à résister à un discours dominateur, à l'accompagner et à miner les dispositifs de l'intérieur : paralysie des procédures, ratification des instruments mais assorties de réserves qui les privent de sens, etc.
On retrouve là les effets d'un interétatisme « indépassé ». Il ne suffit pas d'objecter que les violations des droits de l'homme ont pu justifier des actions collectives ou la mise en place d'une justice internationale répressive. L'ambiguïté subsiste en effet, soit parce qu'il est évident que les considérations géopolitiques surdéterminent les décisions, soit parce qu'en mettant en cause la responsabilité d'individus, on élude celle de l'État. On peut y voir un substitut commode ou un révélateur ultime de son caractère fictif, à moins que les droits de l'homme ne fonctionnent, en définitive, moins pour les hommes que pour la stabilité des Etats.
Le temps du long adieu à l'Etat ?
Les problèmes étatiques ont donc largement occupé le droit international du XXe siècle, renforçant l'image d'un droit avant tout fait par les États et pour les États. Sans doute l'État se retrouve-t-il fortement concurrencé par d'autres acteurs et incapable de contrôler nombre de mouvements dont les effets l'affectent. Mais le temps du droit n'est pas celui de l'histoire, et bien des mutations n'y sont enregistrées qu'avec retard, si bien que l'image de l'État au XXe siècle oscille entre celle d'un État dominant, au moins comme modèle d'organisation politique, et celle d'un État malmené et impuissant, avec les conséquences qui en résultent pour la façon dont on fabrique et met en œuvre le droit.
Tout au long du siècle, l'actualité des questions juridiques relatives aux naissances, mutations, successions et disparitions d'États est