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LE DROIT DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES / 667

ceux qui regroupent les États les plus puissants, dont la coordination continue de conditionner nombre de réalisations juridiques. Quant à la prise en charge des intérêts des plus faibles, un moment incarnés dans le Tiers-Monde, elle bute sur le fait que la division Nord-Sud ne s'est pas substituée à la division Est-Ouest, si bien que la situation est beaucoup plus confuse qu'auparavant. De cet enchevêtrement résulte une production normative sans précédent, même si la visibilité accrue des processus rend plus sensibles les tâtonnements et les échecs, et si le résultat est très inégal selon les domaines.

Cette inégalité est encore à relier à une autre tendance : l'enrichissement du droit international par des règles issues de la pratique des personnes privées, en particulier les acteurs économiques. On connaît certes de longue date la loi des marchands {lex mercatoria). Mais la question s'est renouvelée au XXe siècle.

D'une part, malgré plusieurs tentatives, aucune régulation économique générale autre que celle allant dans le sens d'une libéralisation, avant tout bénéfique aux plus puissants et conforme à leur choix de l'économie de marché, n'a pu durablement s'imposer, que ce soit pour le commerce des produits de base, la régulation des termes de l'échange, les transferts de technologie, l'activité des sociétés multinationales, le système monétaire ou le droit du développement. Ainsi le commerce international a-t-il longtemps relevé d'un cadre faiblement contraignant dont le renforcement récent dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est avant tout conforme aux intérêts des grandes puissances commerciales.

En outre, les États, en s'alignant selon leurs besoins sur les pratiques des acteurs privés, les ont validées, comme on le constate en matière bancaire et financière. Il n'est dès lors pas étonnant de constater qu'un vaste champ a été laissé à Pautorégulation, la fluidité croissante des communications, voire leur dématérialisation, accentuant la porosité des territoires.

Enfin, la puissance même de certains acteurs privés leur permet de peser de façon décisive sur la formulation des règles intéressant leur activité, voire de devenir des interlocuteurs, non seulement des États, mais aussi, et de plus en plus, des organisations internationales. Et ils ne sont pas les seuls. Dans le déroulement de ce processus, dont un