666 / POLITIQUE ÉTRANGÈRE
incitatives. Les processus normatifs deviennent ainsi, en tant que tels, objets de politique de la part des États, et ce de manière d'autant plus nette que les objectifs et valeurs communes qu'ils doivent satisfaire sont proclamés dès le départ. Cette proclamation répond elle-même à un impératif de discours à destination d'opinions publiques qui cherchent, notamment par le truchement des organisations non gouvernementales (ONG), à peser sur la négociation. Amplifié dans la dernière partie du siècle, le phénomène est observable en matière de droits de l'homme, de protection de l'environnement, d'échanges économiques...
Quant aux instruments formellement contraignants, leur entrée en vigueur reste tributaire d'engagements individuels qui soient suffisamment nombreux pour que le texte garde un sens. Il y faut parfois de longues années et, en toute hypothèse, nombre de conventions à vocation universelle ne le sont pas en pratique, que ce soit par le nombre insuffisant de parties ou parce qu'il y manque des États dont le comportement compte en la matière. C'est particulièrement vrai dans un secteur comme l'environnement, où il existe un intérêt général, mais dont la prise en charge supposerait l'acceptation de contraintes supérieures à la somme des intérêts individuels.
Simultanément, l'institutionnalisation rencontre, elle aussi, des limites. En multipliant les organisations internationales, les États ont multiplié des espaces normatifs qui s'enchevêtrent mais ne sont que vaguement coopératifs, quand ils ne sont pas concurrentiels, et dont la spécialisation laisse le champ libre à Finterétatisme. Non que certaines de ces organisations n'aillent pas très loin dans l'intégration de leurs membres, comme le montre exemplairement la construction européenne, mais celle-ci correspond à une autre tendance, développée en réponse aux interdépendances : celle du régionalisme. Il s'agit toujours de multilatéralisme mais sur une base restreinte, et dont le dynamisme témoigne aussi de la difficulté de l'universalisme. Cela est vrai même si le régionalisme ne prétend pas être séparatiste. Les convergences d'intérêts et de valeurs y sont plus évidentes à dégager, quitte à se projeter ensuite vers l'universel. C'est même une voie considérée comme prometteuse, avec l'amorce récente d'un inter-régionalisme.
Mais la recherche de convergences sur une base restreinte s'opère aussi dans le cadre de cercles de négociation plus informels, en particulier