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660 / POLITIQUE ÉTRANGÈRE

de valeurs, et se serait préparé, d'autre part, à devenir le droit d'une société mondiale où choses et idées, voire hommes, circulent quasiment sans frein.

Le soupçon s'insinue face à cette présentation. Elle restitue des évolutions très réelles, en particulier l'expansion quantitative du droit international et l'enrichissement de ses finalités, mais elle occulte le fait qu'il n'a cessé d'être élaboré et mû par les intérêts individuels des États et en fonction du rapport de leur puissance respective. Trop linéaire, elle ne rend pas compte des contradictions et tensions qui subsistent et s'accumulent. En quelque sorte, tout a changé, puisque tant de nouveau est apparu pour régler des problèmes inédits ou modifier des règles préexistantes ; mais rien n'a vraiment changé, puisque le plus fondamental, sinon dans les principes substantiels, du moins dans les modes de fonctionnement, s'est conservé. Bel exemple d'homéostasie ?

L'ensemble est en tout cas devenu plus complexe, et la dialectique du « tout a changé mais rien n'a changé » peut être une grille de lecture de cette complexité. Certes, l'investigation est, par sa brièveté, condamnée à l'empirisme et au soupçon d'arbitraire dans le choix de ses lignes de force. La tentation est grande, en effet, de se concentrer sur les évolutions les plus récentes ou les plus durables. Du moins l'analyse se revendique-t-elle d'un agnosticisme qui pourrait bien être l'une des caractéristiques du droit de la fin du siècle et se propose- t-elle, ayant balayé tout impératif de construction formelle, de cheminer d'un point à un autre, parmi tous ceux qui ont paru constituer des étapes majeures du droit international.

Interdiction ou encadrement du recours à la force ?

Pourquoi, dans cette perspective, ne pas partir de la remise en cause de la compétence de guerre des Etats ? Elle est, en effet, particulièrement représentative des avancées, tensions et contradictions qui caractérisent le droit international au XXe siècle. Elle s'opère sur quelques décennies, marquant l'aboutissement d'une intolérance à la guerre qui transparaît déjà dans le soin méticuleux mis à codifier les règles de la guerre lors des conférences de La Haye de 1899 et 1907. Dès lors, s'est amorcée l'évolution qui mène vers la « disjonction-substitution » du