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Mélanges P. Lévêque 3 213

CONCLUSION

Pour l'esclave comme pour la femme, tout en faisant preuve de beaucoup d'honnêteté, puisqu'il reconnaît les difficultés et n'hésite pas à nuancer ses affirmations, Aristote a été finalement amené à fonder en théorie les préjugés de son époque. Parti de l'idée de la subordination universelle et de la différence entre les hommes, il aboutit à un hellénocentrisme très en retrait sur le cosmopolitisme de certains sophistes du Ve siècle.

Montesquieu a peut-être raison d'affirmer brutalement : "Aristote veut prouver qu'il y a des esclaves par nature, et ce qu'il dit ne le prouve guère" (Esprit des Lois, XV, 7), mais les contradictions d'Aristote font aussi sa grandeur, car son échec montre que tant qu'on reconnaît un homme dans l'esclave - ce qui était évident ne fût-ce que pour un biologiste - toute théorie de l'esclavage ne pouvait aboutir qu'à une aporie.

Février 1987.