GALLIENI
ET « L'IMPÔT MORALISATEUR » À MADAGASCAR
THÉORIE, PRATIQUES ET CONSÉQUENCES
(1901-1905)
par GUYJACOB
Gallieni, premier gouverneur général de Madagascar, met en place, dès 1901, une fiscalité pesante et complexe. Cette fiscalité, il déclare la fonder sur le de l'« impôt moralisateur », destiné à inculquer aux indigènes le goût du travail, considéré à la fois comme indispensable facteur de développement et comme source d'enrichissement individuel *. Cette théorie connaît un succès certain auprès des milieux coloniaux, en France et même à l'étranger 2. A Madagascar, après l'indépendance, elle sert encore à justifier le maintien de l'impôt le plus lourd, la taxe personnelle ou capitation. Sous la Ière République cet impôt est encore perçu sous le nom de minimum fiscal.
Le thème du « rôle éducateur » de l'impôt est lié à celui de la paresse des Malgaches — que dénonce le plus répétitif des discours de l'époque coloniale 3. Pour le colonisateur, imbu d'une idéologie occidentale fondée sur la valorisation du travail (sinon sa juste rémunération), le genre de vie des de la côte orientale de Madagascar, qui, dans un milieu naturel réputé hospitalier, n'auraient d'autre ambition que de subvenir à leurs besoins au prix d'un minimum d'efforts, est une insupportable provocation. Et, au mépris de la plus élémentaire observation, il taxe également de paresse les habitants des Hautes Terres, dont la riziculture irrigée était naguère symbole de labeur opiniâtre aux yeux des Européens.
Un tel moralisme ne cache-t-il pas d'impérieuses nécessités ? Il est indispensable d'équilibrer un budget dont les dépenses augmentent sans cesse, de mobiliser, au service de l'administration ou au bénéfice des colons, une main- d'œuvre que ne motivent guère des salaires dérisoires et épisodiques. Aussi est-il
Rev. franc, d'hist. d'outre-mer, t. LXXIV (1987), n° 277, p. 431 à 473.

















