LES PRÉMICES DES RELATIONS POLITIQUES
ENTRE LE CAMBODGE ET LA FRANCE
VERS LE MILIEU DU XIXe SIÈCLE
par PIERRE L. LAMANT
Que savait-on du Cambodge en France dans la première moitié du XIXe siècle? Peu de choses en vérité. Cet état de fait durait depuis que les Européens avaient commencé de fréquenter régulièrement les Indes orientales. Or, en 1863, le roi Norodom se place sous le protectorat de la France. En moins de soixante ans, on passe de l'indifférence, de la quasi-ignorance au désir exprimé de compter ce pays dans la nouvelle sphère d'influence française en Extrême-Orient. Comment en est-on arrivé là? En dehors de la manifestation d'une curiosité générale croissante, quoique modérée, qui du Cambodge ou de la France a ouvert la voie de ce rapprochement politique ?
I. - Le désintérêt de la France
Dans les premières années du XIXe siècle, de quelles informations dispose- t-on en France au sujet du Cambodge et quelle est leur valeur? Pour apprécier à la fois la quantité et la qualité de la documentation, question évidemment fondamentale, nous distinguerons d'une part les publications et d'autre part les documents d'archives.
Si nous limitons notre enquête aux volumes et aux brochures édités dans le courant du XVIIIe siècle —ce qui ne fausse pas le problème, car l'apport des siècles précédents présente sensiblement les mêmes caractères —, nous constatons que l'éventuel curieux, en fouillant ies bibliothèques et les magasins de quelques libraires, pouvait consulter des relations de voyages et surtout des récits à édifiante, rédigés par des missionnaires, Jésuites ou membres de la Société des missions étrangères de Paris. La liste en est relativement longue, mais les renseignements qu'on y peut glaner sont maigres et sont répétés dans des inspirées par la mode encyclopédique qui marque la fin du siècle des Lumières i.
La pauvre moisson recueillie apportait avant tout au lecteur force récits sur les heurs et malheurs des missions. Pour le reste, quelques allusions aux mœurs,
Rev. franc. d'Hist. d'Outre -Mer, t. LXXII (1985), n"267, p. 167-198.


















