Reconstruction du paysage historique de Terqa et sa région à la fin de l’âge du Bronze récent et à l’âge du Fer II et III
Sabrina Salmon 1
Introduction
Depuis plusieurs années, la mission archéologique de Terqa 2, dirigée par Olivier Rouault et à laquelle je participe, a intensifié son programme d’études historiques et archéologiques : d’une part, en étendant l’espace géographique de ses recherches autour de la ville de Terqa, dans la basse vallée du Moyen‑Euphrate syrien, et, de l’autre, en intégrant les techniques scientifiques appliquées à l’archéologie. Les objectifs de ce projet, concernant autant la rive gauche que la rive droite, sont multiples : à partir de l’approfondissement de nos connaissances sur la structure géomorphologique de la vallée (Ozer 1997), nous travaillons à établir la séquence chronologique de l’occupation de la région depuis la préhistoire jusqu’à l’époque islamique, essayant de déterminer les caractéristiques principales de l’habitat aux différentes époques historiques. Dans cette perspective, et tenant bien compte de la situation climatologique et géographique, l’équipe étudie la distribution de l’occupation en fonction de la présence des systèmes de gestion de l’eau, ainsi que des ressources naturelles offertes par ce type de milieu. Les recherches des anthropologues et archéozoologues 3 intègrent ce projet en étudiant les variations, sur l’homme, de l’alimentation issue d’une agriculture irriguée, donc subissant les aléas climatiques. De plus, une phase ultérieure de la recherche sera consacrée à l’étude du rapport entre les différents modes d’exploitation du territoire et les changements d’organisation économique et politique des sociétés locales. Nous étudierons, dans le même esprit, l’évolution des traditions culturelles et des modes de vie. Ainsi, on accordera une attention particulière au problème de l’alternance supposée entre semi-nomadisme, sédentarité et urbanisation. Enfin, ce programme de recherche, en collaboration avec les autorités archéologiques syriennes 4, a aussi pour but explicite de sauvegarder un maximum de données historiques et archéologiques, face à la destruction des sites causée par l’extension de l’exploitation agricole et de l’urbanisation. Concrètement, le fil directeur de la stratégie développée par le projet de «Terqa et sa région » s’efforce de documenter, du point de vue archéologique, la continuité historique de la culture locale, depuis le début de l’âge du Bronze, lorsque Terqa a été fondée, jusqu’à l’âge du Fer. L’hypothèse de cette continuité s’appuie, essentiellement, sur les résultats des études développées à partir de la documentation textuelle cunéiforme – par exemple la tradition juridique, ou encore des aspects de la religion –, mais aussi sur la
1. Université Lumière-Lyon 2, Université catholique de Louvain, sabrina. salmon@ univ-lyon2. fr 2. Tous les rapports préliminaires sont publiés dans la revue Athenaeum sous la direction de O. Rouault et C. M ora. 3. Le dr. A. S oltysiak, anthropologue de l’Institut d’Anthropologie Archéologique de l’Université de Varsovie, travaille en collaboration avec le dr. J. Tomczyk; A. Gręzak, archéozoologue de l’université de Varsovie; I. Bieniek travaille sur les restes végétaux. 4. Y. al-Showan, co-directeur syrien de la mission de Terqa (Service des Antiquités Syriennes, Deir-ez-Zor).

















