Exploitation du milieu naturel au Paléolithique dans la région d’El Kowm en Sy rie centrale
Amjad al-Qadi 1
Le Proche-Orient constitue, de par sa situation géographique, un carrefour entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe, un passage obligé pour les groupes humains et animaux. Plusieurs gisements témoignent de la fréquentation de cette voie qui relie le Nil à l’Euphrate à des époques différentes. Les restes humains qui ont été découverts sur les nombreux sites attestent d’une occupation humaine dense au Proche-Orient. Les recherches entreprises ces vingt dernières années dans la zone désertique du Levant en Syrie Centrale ont conduit à la découverte de restes archaïques d’Homo erectus (Le Tensorer 1998) et mis en évidence le rôle particulier de ce territoire steppique. En effet, cet espace a constitué une zone de passage durant le Paléolithique ancien, parallèlement à la voie naturelle que constituent les vallées de la mer M orte, du Jourdain, de la Beqaa et de l’Oronte. Nous traiterons ici de l’exploitation du milieu naturel au Paléolithique dans la steppe désertique de Syrie Centrale. Dans cette zone, la région d’El Kowm est un bon exemple d’occupation d’un territoire dont la dynamique dépend des facteurs climatiques et culturels. Nous allons essayer de montrer comment les hommes du Paléolithique ont pu s’intégrer dans l’environnement et voir aussi les raisons fondamentales d’une implantation aussi importante des populations paléolithiques. La région d’El Kowm est un bassin steppique à tendance désertique, traversant la chaîne montagneuse qui sépare le bassin de l’Euphrate de la région de l’oasis de Palmyre, à égale distance de Raqqa, Palmyre et Deir Ez-Zor (carte 1).
Cette zone est limitée par le Djebel Bishri (850 m d’altitude) à l’est, le Djebel Minshar (879 m) et le Djebel Mqaïbara (1110 m) au sud. La morphologie de cette zone a été créée par l’érosion quaternaire qui a dégagé en son centre, entre les deux villages principaux d’El Kowm et de Qdeir, un faible relief formant un plateau allongé du sud-sud-est au nord/ nord-ouest, dont l’altitude moyenne est d’environ 500 m (Besançon et Sanlaville 1991, Le Tensorer et al. 2004). Ce plateau surplombe plusieurs ouadis : au nord, l’Ouadi Qdeir ; à l’ouest, les Ouadis Faïdah et Arqban ; au sud, l’Ouadi Mqaïbara et Ouadi el Murr ; et à l’est, l’Ouadi Fatayah. (fig. 1).
Depuis 25 ans, 186 sites paléolithiques de natures variées ont été découverts dans cette petite région de 20 km de diamètre (Le Tensorer et al. 1997). Ces gisements sont, pour la plupart, d’une incroyable richesse en matériel archéologique. Ils nous permettent donc non seulement de reconstituer l’évolution des cultures et de déterminer les grands aspects de l’occupation du territoire, mais aussi d’apprendre comment les hommes du Paléolithique ont pu s’intégrer dans l’environnement, installer leur habitat et se procurer des matières premières. Une telle quantité de sites et une telle richesse en matériel archéologique au coeur de la steppe désertique est étonnante. En effet, sur ce type de territoire, le manque d’eau est un problème crucial. Bien que relativement proche de l’Euphrate, cette région est dépourvue de lacs permanents.
1. Université de Bâle, aboufouratt@ yahoo. fr

















