Le peuplement byzantin et la mise en valeur de la Sy rie centrale
l’exemple des plateaux basaltiques (Jebel al-‘ Ala, Jebel Hass et Jebel Sh beyt)
Marion Rivoal 1
Introduction
Bordée à l’ouest par l’actuelle route d’Alep à Hama et à l’est par l’Euphrate, s’étirant entre le glacis d’al-Bab au nord et les Palmyrénides au sud, la Syrie Centrale, telle que nous la concevons ici, est une région caractérisée par une succession rapide de milieux différents. Les populations qui se sont installées dans cette zone durant l’Holocène ont été contraintes d’adapter leurs stratégies d’implantation et leurs modes de subsistance à ces environnements variés et, le plus souvent, contraignants. Pendant l’Antiquité, les populations sédentaires ont amorcé, depuis la vallée de l’Oronte, un vaste mouvement d’expansion vers l’est et ont occupé des territoires fréquentés quasi exclusivement par des nomades 2.
Cette tendance s’est renforcée à l’époque byzantine, au point qu’entre le ive et le viie s., l’occupation de la steppe marque une apogée que la période moderne ne dément pas. Parmi ces différents milieux, les trois plateaux basaltiques (fig. 1) dont il est question ici permettent de mettre en évidence l’adaptabilité des populations byzantines. Cette caractéristique, particulièrement marquante, du peuplement induit des variations dans la répartition des sites selon les régions et dans la nature des implantations, mais également des changements dans le choix de l’économie dominante. Ces trois plateaux présentent les mêmes caractéristiques : ce sont des coulées de basalte épandues sur un substrat calcaire. L’érosion différentielle, en sapant le substrat calcaire alentour, plus tendre, a donné à ces épandages la forme de plateaux. Mais leur situation géographique implique des différences climatiques notables, avec une incidence importante sur les potentiels de mise en valeur et les modes de subsistance. Le Jebel al-‘ Ala (altitude avoisinant les 350 m), situé à 15 km à l’est de Hama, appartient encore au Croissant fertile avec une pluviométrie moyenne annuelle oscillant entre 300 à 400 mm (Jaubert, Geyer, éds 2006, p. 14). Une nette dégradation du climat méditerranéen s’observe dans les jebels Hass (600 m d’altitude) et Shbeyt (500 m d’altitude), à 80 km au nord‑est de Hama. Si la dotation pluviométrique annuelle de la partie nord du Jebel Hass est sensiblement la même que celle du Jebel al-‘ Ala, la plus grande part de ce plateau et le Jebel Shbeyt ne reçoivent que 200 à 300 mm de précipitations par an (Idem). Ainsi présentée, la pluviométrie annuelle autorise, en théorie, sur les trois plateaux, l’agriculture pluviale, puisqu’on estime que l’irrigation ne devient indispensable qu’en deçà du seuil des 200 mm par an. Néanmoins, l’une des caractéristiques majeures du régime des précipitations en Syrie tient au caractère
1. HISOM A •Institut Français du Proche-Orient (Damas), Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Université Lyon 2, marionrivoal@ gmail. com 2. Deux phases de peuplement sédentaire antérieures ont été mises en évidence dans la steppe par le programme de prospection des «M arges arides» (cf. infra). Il s’agit du Bronze ancien IV et du Bronze moyen II.

















