Claude Lévi-Strauss
D'un Oiseau l'autre
Un exemple de transformation mythique
Dans un mythe connu en plusieurs versions, les Indiens Jivaro racontent que le soleil et la lune vivaient jadis sur la terre. Ils avaient même logis et même femme. Celle-ci s'appelait Aôho, c'est-à-dire Engoulevent. Elle aimait son mari le soleil, mais fuyait son autre époux dont le contact trop froid lui déplaisait. Une querelle de ménage s'ensuivit. Les deux maris montèrent au ciel en grimpant le long d'une liane qui unissait alors les deux mondes. Aôho voulut les rejoindre ; Lune la fit tomber avec son panier plein d'argile qui se répandit sur le sol. Morte, elle devint l'oiseau dont elle portait le nom. Telle est, selon les Jivaro, l'origine de la jalousie conjugale et de la terre à poterie.
D'autres versions modifient le nombre, le sexe et le rôle des protagonistes1. Je les analyse et les discute dans un travail en cours de rédaction.
i. R. Karsten, The Head-Hunters of Western Amazonas, Helsingfors, 1935 (« Societas Scientiarum Fennica. Commentationes Humanarum Litterarum » 7, 1) : 519-522 ; J. M. Guallart, « Mitos y legendas de los Aguarunas del alto Maranon », Peru Indigena, 1958, 7 (16-17) : 92> Lima ; M. W. Stirling, Historical and Ethnographical Material on the Jivaro Indians, Washington, DC, 1938
L'Homme 93, janv.-mars IQ85, XXV (1), pp. 5-12.

















