LE MARIAGE PENDE
par
PAUL JORION, GISÈLE DE MEUR et TRUDEKE VUYK
Au cours des trente dernières années, les théoriciens de la parenté, anthropologues et mathématiciens, ont exploré le domaine de ce que C. Lévi-Strauss baptisa en 1949 « structures élémentaires de la parenté » : les espaces définis dans la plupart des sociétés humaines par l' obligation (de principe) d'épouser un parent précis, c'est-à-dire une personne appartenant à une catégorie déterminée de la terminologie de parenté.
Aux structures élémentaires s'opposent les « structures complexes » dans lesquelles les époux ne se reconnaissent pas comme parents préalablement à leur mariage (nos définitions s'écartent quelque peu de celles de C. Lévi-Strauss pour des raisons qui apparaîtront par la suite) . Bien entendu, les démographes sont dans ce cas à même de déterminer la connexion de parenté moyenne des époux, mais celle-ci se répartit alors de façon non structurée dans l'espace des parents éloignés. A la fin de la préface de la deuxième édition des Structures élémentaires de la parenté (1967), C. Lévi-Strauss appelait anthropologues et mathématiciens à se pencher sur certains systèmes d'alliance intermédiaires selon lui entre les structures élémentaires et les structures complexes, les systèmes d'alliance crow-omaha :
«... des systèmes qui ne font qu' édict er des empêchements au mariage, mais qui les étendent si loin par l'effet des contraintes inhérentes à leur nomenclature de parenté, qu'en raison du chiffre relativement faible de la population, n'excédant pas quelques milliers d'individus, on peut espérer obtenir leur converse : système de prescriptions inconscientes qui reproduirait exactement, mais en plein, les contours du moule creux formé par le système des prohibitions conscientes » (p. xxiv).
L'intuition de Lévi-Strauss était exacte. En fait, il suffit — nous espérons le montrer dans un avenir proche sur un cas empirique — qu'il y ait une tendance à se marier dans les lignages interdits dès que cela redevient possible, pour qu'un nombre significatif de mariages aient lieu entre cousins éloignés, mais strictement définissables sur l'espace de parenté. En somme, il existe une possibilité pour
L'Homme, janv.-mars]ig82, XXII (1), pp. 53-73.

















