COMPTES RENDUS
VIGARELLO (Georges). — Le Propre et le sée. L'hygiène du corps depuis le Moyen Age. — Paris : Seuil, 1985. — 290 p. — (L'Univers historique).
L'étude de Georges Vigarello oblige le lecteur à se démettre des idées reçues sur l'histoire de la propreté. C'en est fini d'une histoire linéaire qui, après le recul de l'hygiène à la fin du Moyen Age avec la disparition des bains et des étuves, consisterait en une lente émergence de la propreté corporelle, fruit des avances de la « civilisation ». L'itinéraire de l'hygiène est bien plus complexe : il est dessiné par l'évolution de la sensibilité et par celle de l'appréhension du corps, mais aussi des éléments naturels : eau, air, température, odeurs. Quoi de commun entre l'eau dévastatrice qui ouvre à la peste les pores de la peau et celle, protectrice, du choléra qui nettoie et donne de l'énergie ? Le projet de G. Vigarello consiste à montrer comment, au cours des siècles, s'effectue cette transformation : pour cela, il faut comprendre et admettre que des pratiques autres ne signifient pas absence de propreté. Ainsi, la disparition des bains doit-elle être interprétée, non comme un recul de l'exigence hygiénique, mais comme un déplacement. L'eau du bain était plus festive qu'hygiénique, ce jeu de corps mêlés offusque l'Église, aussi l'accent est-il mis alors sur le soin des enveloppes du corps et sur le visible. La propreté de l'habit, du linge que l'on entrevoit, du visage et des mains est mesure de décence plus que d'hygiène, préceptes de civilité et non de santé. Il faut des siècles pour retourner au corps : au XVIe siècle, la surface de la peau n'est qu'indirectement atteinte ; c'est le règne du linge blanc qui retient la crasse ; se changer signifie donc se laver. Ces principes de civilité établissent les frontières sociales, les institutions éducatives apprennent à leurs disciples ce «jeu de surface», le propre devient synonyme de bienséance, se


















