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Une troisième MEGA?
Entretien avec Jacques Grandjonc
Peter Schôttler
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Jacques Grandjonc est professeur de littérature et de civilisation allemande à l'université de Provence. Depuis sa fondation en 1990 il est aussi responsable de la Commission de rédaction de l'Internationale Marx- Engels-Stiftung (IMES) dont le siège est à Amsterdam.
"jr^cter Schôttler : Derrière ces initiales Ш-^ M. E.G. A." se dissimule toute une JL. histoire intellectuelle du marxisme et de la gauche en Europe. Est-ce que tu pourrais nous parler, pour commencer, des différents projets de MEGA et de quoi il retourne lorsque Von parle aujourd'hui encore de MEGA ?
Jacques Grandjonc : MEGA, cela signifie Marx-Engels-Gesamt-Ausgabe, et il s'agit de l'édition historique et critique des œuvres complètes de Marx et ďEngels. La première tentative - je ne parle pas du vivant des deux hommes qui avaient déjà pensé publier non pas une MEGA, mais tout simplement leurs œuvres - démarre dans la toute jeune URSS. C'est Lénine qui en a pris l'initiative en créant l'Institut Marx-Engels et en confiant à David Rjazanov, dans les années vingt, le soin d'éditer une Historisch-kritische Gesamtausgabe de Marx et d'Engels. De cette première MEGA, prévue en 47 volumes, sont parus une bonne douzaine de volumes entre 1927 et 1935. Mais avec l'arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne et la dictature de Staline en URSS, c'en est fini, l'un empêchant l'accès aux archives et bibliothèques, etc., l'autre faisant disparaître, d'une façon ou d'une autre (déportation, émigration, assassinat), les chercheurs qui participaient à l'entreprise.
Les archives de Marx et Engels se trouvaient donc encore en Allemagne ?
Elles étaient en effet à Berlin, et ce qui a pu être sauvé le fut par des militants sociaux- démocrates qui les ont fait passer au Danemark et en 1935 l'ensemble a été acheté par V Internationaal Instituut voor Sociale Geschie- denis (I1SG) créé à cet effet par Nicolaas W. Posthumus à Amsterdam. Par la suite, lorsque la guerre a été en vue, ces archives furent transférées à Oxford d'où elles sont revenues à Amsterdam après 1945. Ce qui a été tout à fait important pour une certaine ouverture vers
Genèses n, mars 1993, p. 137-147
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