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Le fichage des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale et l'affaire du fichier des juifs

[article]

Année 1997 177-178 pp. 250-270
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LE FICHAGE DES JUIFS DE FRANCE PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE ET L'AFFAIRE DU FICHIER DES JUIFS

Le fichage des juifs pendant la seconde guerre mondiale

La commission d'historiens présidée par René Rémond et constituée par le ministre d'État à la Culture, Jack Lang, le 19 mars 1992, publiait en juillet 1996 son rapport sous le titre Le fichier juif . C'était là un titre générique choisi sans doute parce qu'il faisait directement référence à l'affaire qui avait rebondi à plusieurs reprises dans les médias depuis novembre 199 1. Or, c'est plutôt de fichiers de juifs qu'il s'agit, ce dont témoigne l'analyse circonstanciée que les historiens nous livrent de cette série de documents ; fichiers de juifs -au pluriel -qui témoignent des multiples facettes du fichage des juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, un fichage qui n'avait été ponctuel ni dans le temps, ni dans l'espace. Ce processus avait duré tout au long de la guerre ; parfois initié par les autorités allemandes, il avait toujours été mis en œuvre par l'un ou l'autre des bras adminis¬ tratifs ou policiers de l'État français, en zone occupée comme en zone sud.

Le coup d'envoi en avait été donné par l'ordonnance relative aux mesures contre les juifs prise par le Militàrbefelhshaber in Frankreich (M.B.F.) à la date du 27 septembre i940I.Tous les juifs de zone occupée étaient tenus de se présenter au sous-préfet de leur arrondissement pour «se faire inscrire sur un registre spécial ». Du 3 au 20 octobre, en application de cette ordonnance, les juifs de Paris et du département de la Seine se présentèrent donc dans les commissariats de leur quartier pour s'y faire recenser. Les Allemands s'étant avisés quelques jours plus tard, alors que le processus était déjà en cours, qu'un contrôle serait plus efficace si les papiers d'identité des juifs recensés portaient la trace de cette visite au commis¬ sariat, les juifs furent à nouveau convoqués, individuellement cette fois (du 22 octobre au 7 novembre 1940), pour se faire apposer un cachet rouge portant «juif » ou «juive » sur leur carte d'identité ou leur titre de séjour 2. À la veille de cette deuxième opération, 149 734 juifs s'étaient déjà faits recenser à Paris et dans le département de la Seine, auxquels s'ajoutaient environ 20 000 juifs enregistrés dans le reste de la zone occupée. Un processus venait de s'enclencher. A partir de

1. Les juifs sous l'Occupation, recueil de textes officiels français et allemands, 1940-1944, Paris, C.D.J.C.-F.F.D.J.F., 1982, pp. 18-19.

2. Sur les modalités de ce recensement, je me permets de renvoyer à Renée Poznanski, Etre juif en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Hachette, 1994, pp. 67-72, cité plus loin Etre juif en France.

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