Aspects idéologiques et politiques du partenariat public-privé
Patrick Le Gales '
Le partenariat public-privé connaît une mode idéologique pour au moins deux raisons. D'une part, les instruments traditionnels de l'Etat ont montré leurs limites dans de nombreux domaines, à la fois pour des raisons d'efficacité, de légitimité, et de ressources financières plus rares. Le partenariat public-privé constitue l'une des tentatives d'organisation de formes d'action collective qui pourrait compléter ou remplacer l'action de l'Etat, des autorités locales ou d'agences publiques. Cette forme d'action s'inscrit souvent dans une perspective néo-libérale de réduction du rôle de l'Etat et de contrôle de l'action publique par les acteurs privés ou en introduisant les mécanismes du marché.
D'autre part, le terme est suffisamment flou pour englober un grand nombre d'arrangements informels ou de contrats divers ; tout le monde peut y trouver son compte. Dans la tradition française marquée par la prééminence de l'Etat, on est tenté de faire rentrer sous cette rubrique bien plus que les montages pour des opérations complexes d'urbanisme ou de rénovation urbaine. Après tout, la gestion déléguée de l'eau depuis plus d'une centaine d'années n'est-elle pas une forme de partenariat public-privé ? Un programme de développement social urbain qui associe des partenaires différents y compris des associations n'est-il pas une forme de partenariat public- privé ? On pourrait multiplier les exemples. Dans la tradition anglo-saxonne aussi subsiste une grande confusion dans l'emploi du terme. Après avoir passé en revue et évalué les projets mis en place dans le cadre de la politique urbaine britannique, Michael Parkinson a proposé la définition suivante : « A genuine joint working where people from very different organisations have to understand and work with each other over a lengthy period of time which creates benefits which could not have been provided commercially at the start of the project and would not have been generated by the partners acting individually or by hiring one another. »
Cette définition pragmatique s'éloigne de critères formels juridiques, institutionnels, financiers pour tenter de mettre l'accent sur la bonne volonté coopérative de partenaires d'un projet à moyen terme. Le partenariat public- privé est censé apporter une valeur ajoutée.
* Patrick Le Gales est chercheur CNRS au Centre de recherche administrative et politique (CRAP) de Rennes et enseignant à l'Institut d'études politiques de Rennes.
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