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La « corruption » de la pythie chez Hérodote dans l’affaire de Démarate (VI, 60-84). Du discours politique faux au discours historique vrai

[article]

Année 2013 Suppl. 8 pp. 305-325
Fait partie d'un numéro thématique : Discours politique et Histoire dans l’Antiquité
  • Bonnechere Pierre. La « corruption » de la pythie chez Hérodote dans l’affaire de Démarate (VI, 60-84). Du discours politique faux au discours historique vrai. In: Dialogues d'histoire ancienne. Supplément n°8, 2013. Discours politique et Histoire dans l’Antiquité. pp. 305-325.

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    DHA supplément 8 Dialogues d’histoire ancienne supplément 8, 2013, 305-325

    La «corruption » de la pythie chez Hérodote dans l’affaire de Démarate (VI, 60-84). Du discours politique faux au discours historique vrai

    Pierre Bonnechere

    Université de Montréal

    Introduction

    La divination, pour les Grecs, est bien fondée, et il fut très peu d’esprits pour la déconsidérer. Un philosophe révolutionnaire comme Platon est lui-même intraitable à ce sujet1. Pour les historiens grecs dès lors, comme pour les orateurs, l’histoire politique est sans aucun doute influencée par les oracles2. La prédiction «rendue » par Delphes aux Spartiates juste avant la guerre du Péloponnèse est invoquée par Thucydide dans le discours politique des Corinthiens, entre autres, lors de l’assemblée des alliés de Sparte. Ce discours est fictif, certes, mais il conditionne l’écriture de l’histoire et tous les auditeurs et lecteurs à venir, et il a si bien tenu son rôle qu’aujourd’hui encore l’oracle est accepté sans sourciller par la plupart des modernes3. Quand un auteur ancien cite un oracle, d’ailleurs, il frappe fort puisque le dieu, même oblique, ne peut se tromper. Il s’agit en effet d’authentifier le discours politique relaté et l’action qui s’ensuit grâce à l’infaillibilité du discours divin. En se couvrant de l’oracle pythien qui avait déclaré Socrate le plus sage des hommes, Platon pouvait de facto

    justifier son maître, exécuté par le système athénien, aux yeux du tribunal de l’histoire4. En quelque sorte, l’histoire orientée par les dieux devient elle-même paradigmatique et,

    1 Par ex. Ion 533-536 ; Lois 682a. 2 Même Polybe, tout pragmatique qu’il soit, n’est pas contre la consultation des oracles en cas de circonstances anormales (XXXVI, 17). Un historien comme Diodore cite des oracles, surtout delphiques, partout dans son oeuvre. 3 I, 118, 3 et surtout 123, 1. Thucydide, pourtant, fait ici confiance à un informateur qui ne se trouvait pas dans l’adyton pythique, et note soigneusement hôs légetai avant de citer la réponse du dieu. Accepter cette dernière sans hésitation, c’est être aussi crédule que je suis critique en la mettant en doute. 4 Platon, Apol. 21ac (entre autres). Voir aussi Xénophon, Apol. 14. Toutes les sources chez Fontenrose 1978, H3.

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