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L'homosexualité à Rome

[article]

Année 1982 35 pp. 26-33
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Paul Veyne

L'homosexualité à Rome

Vers la fin de l'Antiquité païenne, un philosophe ascète et mystique, Plotin, souhaitait que les vrais penseurs « méprisent la beauté des garçons et des femmes ' ». Aimer un garçon ou une femme, cette expression, appliquée à un homme, revient cent fois sous la plume des Anciens; l'un valait l'autre et ce qu'on pensait de l'un, on le pensait de l'autre. Il n'est pas exact que les païens aient vu l'homosexualité d'un oeil indulgent; la vérité est qu'ils ne l'ont pas vue comme un problème à part; ils admettaient ou condamnaient chacun la passion amoureuse (dont la légitimité était discutable à leurs yeux) et la liberté de mœurs.

S'ils blâmaient l'homophilie, ils ne la blâmaient pas autrement que l'amour, les courtisanes et les liaisons extra-conjugales - du moins tant qu'il s'agissait d'homosexualité active. Ils avaient trois repères qui n'ont rien à voir avec les nôtres : liberté amoureuse ou conjugalité exclusive, activité ou passivité, homme libre ou esclave; sabrer son esclave était innocent et même les censeurs sévères ne se mêlaient guère d'une question aussi subalterne 2; en revanche, il était monstrueux, de la part d'un citoyen, d'avoir des complaisances servilement passives.

Apulée qualifie d'antinaturelles certaines complaisances infâmes entre hommes *; il n'en stigmatise pas par là le caractère homosexuel, mais la servilité et aussi la sophistication. Car, lorsqu'un Ancien dit qu'une chose n'est pas naturelle, il n'entend pas qu'elle est monstrueuse, mais qu'elle n'est pas conforme aux règles sociales, ou encore qu'elle est faussée, artificielle : la nature était soit la société, soit une sorte d'idéal écologique, visant à la maîtrise de soi et à l'autarcie; il fallait savoir se contenter du peu que la nature exige. D'où deux positions devant l'homophilie : la majorité indulgente la trouvait normale et les moralistes politiques la trouvaient parfois artificielle, au même titre, du reste, que tout plaisir amoureux.

Bon représentant de la majorité indulgente, Artémidore 4 distingue les « relations conformes à la norme » (ce sont ses mots) : avec l'épouse, avec une maîtresse, avec « l'esclave, homme ou femme »; toutefois, « être pénétré par son esclave n'est pas bon : c'est une atteinte et cela indique du mépris de la part de l'esclave ». Les relations contraires à la norme sont incestueuses. Celles qui sont contraires à la nature comprennent la bestialité, la nécrophilie et les unions avec les divinités.

Quant aux penseurs politiques, il leur arrivait d'être puritains parce que toute passion amoureuse, homophile ou pas, est incontrôlable et qu'elle amollit le citoyen-soldat Leur idéal était la victoire sur le plaisir, quel qu'il

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