54 La communication politique
milieu des années 80 ; plus significatif encore, ce terme va de pair avec celui de sound bite. Quant au parti travailliste, l'attribut ambigu de spin doctor suprême, et donc grand faiseur de sound bites, est décerné à Peter Mandelson, l'actuel ministre pour l'Irlande du Nord (d'ailleurs on constate que le ministre en question s'est très sagement abstenu de débiter ses petites phrases dans un contexte politique marqué par la violence terroriste, et dans lequel elles auraient facilement sombré dans le grotesque sinon l'immoralité).
Mais l'essentiel est que le sound bite a maintenant un sens péjoratif dans le discours des hommes politiques. Il est lancé de part et d'autre sur un ton désobligeant et cynique ; il signifie des promesses creuses ou des jolies formules évocatrices se substituant aux réponses substantielles et détaillées, faisant partie donc d'un discours d'évasion. Pourtant cela ne représente qu'une partie du danger réel que constituent ces petites phrases pour la démocratie, car, en fin de compte, ce n'est pas en dissimulant les veuleries ministérielles qu'elles minent le discours démocratique. Elles le font plutôt en restreignant ce même discours à ne s'exprimer qu'en slogans ou en formules faciles. Fidèle à son éty- mologie, le « discours » démocratique constituerait un échange d'opinions sans limite de durée, un dis-cursus ou un va-et-vient incessant de paroles et d'idées. Or, les soundbites le resserrent, le découpent, le réduisent jusqu'à ce qu'il ne reste de ce discours se voulant éthique que des morceaux en quelque sorte esthétiques - et encore, esthétiques selon les seuls critères des médias. Donc, de cette façon, l'homme politique ne fait que livrer de la matière brute aux médias, afin que ceux-ci en extraient et par la suite en façonnent la figure rhétorique qu'est le sound bite. Lhomme politique a beau débiter habilement ses petites phrases, § il n'a toujours aucun contrôle réel sur elles. Comme l'a remarqué
« Emmanuel Souchier au sujet de l'usage des sondages en 1995,
| la rhétorique médiatique vise, sinon à créer, au moins à contrô-
H 1er les événements qu'elle prétend seulement décrire4. Il en est
^ de même du sound bite, qui éclipse et remplace effectivement le
§ discours politique qu'il est censé seulement illustrer.
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4. Emmanuel Souchier, « Le Citoyen, le politique et le journaliste », Communication et
langages n° 1 1 2, 1 997, pp. 67-85.
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