Les « petites phrases » dans la politique anglo-saxonne 53
américaine (et par conséquent mondiale) au cours de l'élection présidentielle de 1988, dans laquelle les médias montraient les candidats s'affrontant à coup de petites phrases et de slogans faciles, dont le plus célèbre, voire notoire, fut celui de George Bush : Read my lips - no new taxes (« Lisez sur mes lèvres - pas d'impôts nouveaux»). Dans la pratique médiatique, les sound bites s'inséraient alors dans la glose plus longue et équilibrée des commentateurs ou des politologues, et, en apparence, ne servaient qu'à mettre en évidence l'essentiel du message du candidat. Mais déjà une tendance se faisait remarquer : l'horizon d'attention des auditeurs auquel faisait appel le sound bite était réduit de 30 secondes - temps d'antenne alloué à l'homme politique en 1 980 - à 20 secondes lors de la campagne électorale de 19882. Et, pendant les années 90, Martin Walker a noté qu'aux États-Unis la durée d'un sound bite s'est de nouveau réduite, jusqu'à atteindre la brièveté inouïe de moins de 10 secondes, temps limite qui doit même estropier la structure grammaticale de la phrase en y imposant des formes purement sloganesques ou publicitaires où régnent la répétition des mots clés, l'allitération et le ton impératif3.
Une connotation péjorative
S'étant en gros maintenue à la durée de 20 secondes en Grande-Bretagne, cette figure y a néanmoins subi un changement à l'égard de son énonciation médiatisée. Aux approches, mais surtout à la suite, de l'élection générale britannique de 1997, le sound bite a pris un sens de plus en plus péjoratif. La victoire du parti travailliste fut attribuée à plusieurs reprises à son comité de relations publiques, à ses publicitaires tâtant au jour le jour le pouls national et changeant de tactique et de discours selon leur diagnostic. Bref, la victoire - et le pouvoir - fut assurée grâce aux conseillers médiatiques, à ses spin doctors, un terme originaire, lui aussi, des États-Unis, et qui apparut au
2. Ibid.
3. Guardian, 8 mai 1996, p. 14 : "Although the networks ran 20 percent more stories on this year's primaries than in 1992, the average sound bite of candidate statements fell to 7.2 seconds." (« Quoique les réseaux [télévisuels] aient donné 20 % en plus de reportages sur les primaires cette année par comparaison avec celles de 1992, la durée moyenne d'un sound bite s'est réduite à 7,2 secondes. »)

















