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CÉSARE G. DE MICHELIS
LES PROTOCOLES DES SAGES DE SION Philologie et histoire
1. Les éditeurs du texte
0. Pierre- André Taguieff, Tun des meilleurs spécialistes contemporains des Protokoly Sionskih mudrecov (PSM) (Protocoles des sages de Sion), écrivait à leur sujet : «S'il faut aujourd'hui se remettre à l'étude des Protocoles, c'est moins pour résoudre les quelques problèmes qui demeurent quant à leurs origines [...] que poms' interroger sur cette imperméabilité d'une construction mythique aux critiques rationnelles.» (Taguieff, 1, p. 8). Taguieff est d'ailleurs convaincu, à l'instar de la critique antécédente (Rollin, Laqueur, Cohn), mais aussi en accord avec celle qui lui est contemporaine ou postérieure (Tazbir, Romano, Dudakov), que les PSM « ont été fabriqués à Paris, en 1897-1898 [...] par les services de la police secrète du Tzar, l'Okhrana, dirigée en France par Pierre Ivanovitch Ratchkovsky ». (Taguieff, 1, p. 7).
La recherche, dont nous donnons ici les premiers résultats, a précisément pour objet de «résoudre les quelques problèmes» relatifs à l'origine des PSM: nous ne tiendrons rien pour sûr (y compris leur «fabrication» à Paris vers 1897, œuvre de Račkovskij étal, (i iže s nim)), cette histoire étant jalonnée de faux et de mensonges, notre attention première portera sur la seule chose qui «ne peut mentir», le texte en tant que tel.
La seule recherche qui se soit intéressée à ce problème, celui des diverses éditions des PSM, est restée inédite (Čerikover); il n'y a que Jouin qui ait publié une collation, d'ailleurs sommaire, portant sur les éditions de Butmi et de Nilus.
Les PSM se présentent sous la forme d'un texte subdivisé en un nombre de paragraphes (protocoles, chapitres, séances) qui varie, selon les rédactions, de vingt-deux à vingt-sept, accompagné de certaines interventions «du traducteur», d'une «Apostille » (« Primečanie perevodčika ») et de deux notes sur le texte.
En effet, selon l'opinion concordante de ceux qui soutiennent leur authenticité et de ceux qui la mettent en doute, les PSM seraient la version russe d'un texte écrit originairement en français; dans la transmission textuelle on pourrait distinguer d'un côté l'édition «complète» publiée en 1905 par Sergej Nilus, et d'un autre côté l'édition «réduite» ou «altérée», publiée d'abord par Pavel Kruševan en 1903 (comprenant des coupures signalées), ensuite par un Anonyme en 1905 et enfin par Georgij
Cahiers du Monde russe, 38 (3), juillet-septembre 1997. pp. 263-306.



















