I/archéologie juive de la France médiévale *
Réalité et problèmes
Dans l'Europe médiévale dont la vie spirituelle appartenait toute à l'Eglise, un seul groupement hétérodoxe était toléré et menait une vie organisée : la communauté juive (1). Rechercher, classer, étudier les supports matériels de la pratique religieuse divergente demeure un desi¬ deratum scientifique. La vie d'une communauté juive nécessite — on le sait — un substrat constitué par une synagogue, un bain rituel, une école, un four à azymes, un cimetière et parfois d'autres bâtiments : hospice, atelier, salle de réunion (2). Ces immeubles constituent a priori l'objet d'une investigation archéologique dont on peut définir ainsi les objectifs : 1) éclairer l'histoire même de ces communautés et des localités où elles étaient établies ; 2) établir la définition d'un type particulier d'architecture et livrer des matériaux à l'histoire de l'art. Dans plusieurs pays, l'archéo¬ logie juive médiévale a déjà produit des contributions de valeur, en Espagne particulièrement grâce aux travaux du Professeur Francisco Cantera Burgos sur les synagogues (3) et sur les inscriptions hébraïques (4). Dans ce domaine, la France est mal partagée : il n'existe pas en effet d'ouvrages sur les synagogues et autres édifices juifs du moyen âge. Faut-il expliquer cette carence par un manque total d'édifices ou de vestiges d'édifices, comme le faisait Viollet-le-Duc en 1876 : «Il existait de nombreuses synagogues en France pendant les premiers siècles du moyen âge. Philippe Auguste, en 1183, les fit détruire ou convertir en églises. A Paris les Juifs possédaient une synagogue célèbre dans la cité ; le roi, par lettres datées de la même année permit à l'évêque de convertir cette synagogue en église sous le vocable de sainte Magdeleine. Il ne nous reste en France aucun de ces édifices d'une époque quelque peu ancienne,
* Cet article reprend, en le complétant, le texte d'une conférence prononcée au Club Archéologique du C.N.R.S. le 18 novembre 1970.
(1) Sur la communauté juive médiévale, l'ouvrage de base reste celui de Salo Wittmayer Baron, The Jewish Community, its History and Structure to the American Revolution, Philadelphie, 1942.
(2) Cf. l'enquête de M. Bernhard Blumenkranz, «Pour une géographie historique des Juifs en Provence médiévale », Comité des travaux historiques. Bulletin philologique et historique, 1965, pp. 611-622, et celle de M™e Iancu-Agou, Topographie des quartiers juifs en Provence médiévale, Archives Juives, VIII, 1971-1972, pp. 23-29, 37-42.
(3) Sinagogas esparlolas con especial estudio de la de Cordoba y la toledana de El Trânsito, Madrid, 1955.
(4) F. Gantera et J.M. Millas, Las inscripciones hebraicas de Espana, Madrid, 1956.



















