95
ETUDES-RECHERCHES
UN INTELLECTUEL MALGACHE DEVANT LA CULTURE EUROPEENNE: L'HISTORIEN RAOMBANA (1809-1854)
par Simon AYACHE
"La Patrie, c'est la terre et les morts". (Maurice Barrés} "La Patrie, c'est la nier et les vivants". (Paul Claudel)
Dans l'histoire culturelle de Madagascar Raombana occupe une place exceptionnelle. Premier historien et écrivain "moderne" de son pays, il fut aussi le premier Malgache occidentalisé, au point d'écrire son oeuvre immense (*) dans une langue étrangère, après avoir assimilé et assumé en totalité une culture européenne, devenue "chair et sang de sa conscience" (2). Occidentalisé, Raombana eut conscience de l'être ; il s'en montra même heureux et fier. Des traditions ancestrales, il renia beaucoup, presque tout, sauf les Ancêtres eux-mêmes, sauf la patrie malgache. Il ne trahit donc pas. Et son oeuvre ne se présente nullement comme celle d'un "déraciné", au sens actuel, et tragique du terme. Dans le siècle où il vécut, dans sa
(*) Cette oeuvre d'histoire, écrite dans la clandestinité sous le régne de Ranavalona 1ère, comportait au moins 8.000 pages manuscrites. Nous en avons retrouvé 6.000, dont l'édition critique paraîtra prochainement, avec une traduction française. Elle comporte 3 grand» volets : Histoires (des origines du peuple Merina à la mort du roi Radama 1er en 1828); Annales (récit du règne de Ranavalona jusqu'en 1853); Journal (des années 1854-1855). Notre thèse de spécialité (troisième cycle) est consacrée à son étude : RAOMBANA : l'historien (1809-1854) Paris-Tananarive 1970. On trouvera une photo de la 1ère page du MS de Raombana face à la p. 32.
(2) Comme l'écrit Alioune Diop du poète Jacques Rabemananjara.



















