La variation linguistique dans les langues de l’Italie préromaine
CMO 45, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon, 2011
Variation linguistique et exégèse paléo‑italique
L’idiome sicule de Montagna di Marzo
Vincent Martzloff
Université de Paris IV‑Sorbonne
En raison de l’étroitesse de la documentation et des difficultés fréquentes de lecture ou d’établissement de texte, l’épigraphie sicule n’a cessé à la fois de fasciner et de décourager philologues et linguistes. De fait, nos connaissances en restent, aujourd’hui encore, extrêmement rudimentaires[1]. Le terme sicule n’est en réalité qu’une appellation conventionnelle pour désigner des parlers « indigènes » de Sicile orientale, d’aspect italoïde, qui ont laissé des toponymes et des anthroponymes, qui ont fourni des gloses d’exploitation souvent malaisée[2], et dans lesquels est rédigé un petit nombre d’inscriptions. Nous adoptons dans la suite la position, prudente et réaliste, de Luciano Agostiniani, qui se propose d’appréhender le sicule non comme une langue unitaire, mais comme un ensemble de variétés[3].
Nous reprenons ici l’analyse de l’inscription sur amphore de Montagna di Marzo (Erbessos[4]), datée de la fin du vie s. ou du début du ve, qui, par sa longueur et son état de conservation exceptionnel, semble propre à fournir un point de départ idéal à l’interprétation du corpus sicule. Néanmoins, la scriptio continua se révèle un obstacle redoutable à l’analyse. Des divisions hâtives, fondées sur de spécieuses analogies grammaticales avec le sabellique, ont contribué à introduire des mots fantômes dans les discussions et à déformer l’image, déjà confuse, que nous pouvions avoir des documents sicules. Surtout, la répétition de groupes de lettres, parfois avec quelques variations, est l’indice d’effets phoniques recherchés et peut‑être même le signe d’une volonté délibérée, de la part du rédacteur, d’obscurcir le sens par jeu, sans le masquer
page 94irrémédiablement, ce qui accroît inévitablement les difficultés herméneutiques[5]. Nous aurons donc à déceler des critères de segmentation aussi fiables que possible, en tâchant d’entrevoir l’organisation d’ensemble du message[6].
État de la question
Examen critique des isoglosses apparentes entre le sicule et les langues sabelliques
En dépit de certaines apparences, on ne dispose pas de preuve irréfutable que les documents classés comme sicules appartiennent, dans leur totalité ou seulement pour une partie d’entre eux, au groupe sabellique[7]. Nous partageons donc pleinement le scepticisme de Rix, qui a sciemment écarté les inscriptions sicules de ses Sabellische Texte (2002), malgré leur physionomie sabellique, qui n’a pas manqué de frapper les esprits[8]. Mais une prise en compte attentive des données montre que ces similitudes sont tout à fait superficielles. Cela se vérifie dans le domaine de la phonologie. Pour ce qui est des consonnes, le traitement des labiovélaires en sicule n’est pas établi avec certitude. Les arguments en faveur d’une représentation de *kw‑ par *p‑, identique à celle que connaissent les langues sabelliques, paraissent des plus fragiles. Même si le terme epopaska, que Prosdocimi a isolé au Mendolito, s’analysait comme un composé epo‑pask‑a « celui qui nourrit les chevaux »[9] (ce qui est douteux[10]), cette étymologie mettrait en jeu un groupe *‑ḱw‑ (et non *kw). Prosdocimi envisage, pour la seconde ligne de l’inscription de Montagna di Marzo, la lecture *<pom> ou
page 95*<pomta>[11] qui pourrait évoquer l’osque pomtis de la Tabula Bantina[12]. Néanmoins des considérations épigraphiques déconseillent cette lecture[13]. Enfin, absolument rien n’autorise à isoler sur l’askos de Centuripe un outil grammatical pos contenant le thème *kwo‑ de relatif[14]. Dans l’état actuel des connaissances, on ne saurait établir que le <pa> de la stèle de Sciri remonte à *kwā(d)[15]. Même les traitements de /dh/ et de /bh/ sont mal connus[16]. Le reflet de */gh/ peut apparemment être rendu par <g>[17]. En ce qui concerne les voyelles, le sicule ne livre aucune trace assurée de la mutation vocalique du sabellique[18]. L’anaptyxe que semblent présenter akaram (Mendolito) et
page 96Κυπάρα (nom sicule de la source Aréthuse)[19] est une évolution trop peu spécifique pour étayer le caractère sabellique du sicule. Dans l’une de ses variétés au moins, le sicule pourrait avoir conservé le ‑i final dans les désinences verbales primaires[20], ce qui serait inattendu s’il s’agissait d’un parler sabellique.
Dans le domaine morphologique, le système verbal livre peu de données exploitables pour la question (ni dans un sens, ni dans l’autre). L’existence incontestable en sicule d’une P3 sg. de prétérit en ‑ed, que l’on trouve dans geped[21] (Mendolito) et, peut‑être, sur l’inscription de Grammichele[22], ne constitue pas un argument en faveur de l’appartenance du sicule au groupe sabellique, puisque cette finale ‑ed est attestée également en latin[23]. De plus, la morphologie de dohit(i) (Mendolito) ne saurait être comparée à celle de l’osque staít (Sa 1 : Vetter 147)[24]. Le système pronominal n’apporte rien de décisif. La comparaison d’un éventuel pronom im, que l’on a tiré de dohitim (*dohiti (i)m ou *dohit(i) im par élision, ou *dohiti im avec contraction de *‑i et *i‑ en [ī]), avec le sud‑picénien im (RI 1) est séduisante[25], mais, même si on l’accepte, elle ne permet pas d’établir une parenté étroite, spécifique, entre le sabellique et le sicule, puisque im est attesté en latin également[26]. Pour ce qui est du système du nom, il n’existe pas, malgré les apparences, de rapport structurel entre les nominatifs d’anthroponymes en ‑es du sicule et les noms sud‑picéniens en ‑es qui sont, pour la plupart, des génitifs en *‑eis[27] avec monophtongaison précoce en syllabe finale fermée par ‑s.
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Mais ce sont surtout les aspects lexicaux qui ont pu accréditer une affiliation du sicule au sabellique. La triade <akaram>, <touto>, <verega>, attestée au Mendolito, rappelle les institutions sabelliques[28]. Mais, que l’on fasse de <touto>[29] un substantif autonome, ou le premier élément d’un composé toutoveregaies, qui s’analyserait comme un calque du grec δημιουργός[30], l’élément lexical sous‑jacent pourrait simplement être emprunté à une langue sabellique, et sa présence sur une inscription sicule ne peut donc en aucun cas servir d’argument en faveur d’un rattachement du sicule au rameau sabellique du groupe italique. Rappelons que des locuteurs d’idiomes paléo‑sabelliques étaient établis non loin de la Sicile[31]. De toute façon, *teutā (forme ancienne de *toutā) n’est pas un terme spécifiquement sabellique[32]. La comparaison entre la séquence <marus> de Centuripe et les marones d’Ombrie[33], jadis proposée par Thurneysen, n’est plus acceptée aujourd’hui[34]. Pareillement, si l’on admet que Douketios est un anthroponyme de facture sabellique[35], cette analyse implique simplement qu’il existait des locuteurs sabellophones dans la Sicile orientale, mais non que tous les indigènes italiques de la Sicile orientale étaient sabellophones[36].
Il existe en revanche un faisceau de présomptions contre l’appartenance du sicule à la famille sabellique. Si le phonème sicule correspondant au /f/ sabellique est noté <b> ou <d>, on s’attend à rencontrer, même dans un corpus restreint, plusieurs mots avec ‑b (ou ‑d) final valant ‑f issu de *‑nts au participe présent[37] ou de *‑ns à l’accusatif pluriel[38]. On devrait trouver des mots se terminant par ‑Cs (consonne suivie de ‑s en finale) issu de *‑Cos ou de *‑Cis après syncope. Les syncopes en syllabe intérieure
page 98ouverte, déjà attestées en paléosabellique, notamment sur le cippe de Tortora[39], auraient dû donner lieu en sicule à des groupes consonantiques complexes internes[40]. Or aucun groupe consonantique ne semble se laisser interpréter de la sorte. Naturellement, ces absences font, au mieux, figure d’adminicules dans notre argumentation, non de preuve péremptoire. Les remarques qui précèdent suggèrent toutefois que l’exégète aurait tort de s’efforcer à tout prix de faire entrer un terme sicule qu’il aurait extrait de la scriptio continua dans le lit de Procuste de la morphonologie sabellique.
Présentation matérielle du document de Montagna di Marzo et analyse linguistique traditionnelle
La double inscription de Montagna di Marzo est constituée de deux bandes parallèles, peintes sur l’épaule et sous la panse d’une amphore à décoration géométrique datée de la fin du vie s., ou du début du ve, avant notre ère[41]. Les deux bandes comportent approximativement le même nombre de lettres et sont disposées symétriquement l’une par rapport à l’autre[42]. Les incertitudes de lecture sont limitées[43]. Nous adoptons le texte qui suit :
tamuraabesakedqoiaveseurumakesagepipokedlutimbe
levopomanatesemaidarnakeibureitamomiaetiurela
Dans ce document au premier abord opaque, deux segments semblent avoir des échos pour nous familiers : eurumakes, adaptation d’un anthroponyme grec[44], et, à la seconde ligne, darnakei qu’on a rapproché de λάρναξ[45]. On a également comparé tamura à l’anthroponyme gréco‑thrace Θαμύρας. En ce qui concerne l’analyse des éléments linguistiques indigènes, la répétition, à la première ligne, de la séquence trilitère <ked> a retenu l’attention des commentateurs qui ont cru pouvoir affirmer que <ed> correspondait ici à une désinence verbale de troisième personne du singulier de
page 99prétérit, comme dans le geped du Mendolito. Cette hypothèse semble certes corroborée par les thèmes verbaux, puisqu’il a paru légitime d’isoler, en raison du redoublement pip‑ qui indique vraisemblablement un début de mot, une séquence <pipoked> dans laquelle on a voulu reconnaître une forme de parfait du verbe « boire », ‑k‑ jouant le rôle de suffixe de parfait[46]. Admettant qu’une frontière de mots passe entre les deux <a> consécutifs, Prosdocimi isole tamura d’un côté et de l’autre abesaked qu’il analyse comme un verbe comportant la même racine que le latin sancīre et diverses formations italiques[47]. Le savant italien veut retrouver, devant le radical *sak‑, un préverbe abe‑ qui serait superposable au grec ἀμφι‑. Le rapprochement avec sancīre conduit Prosdocimi à interpréter abesaked comme un verbe de déclaration solennelle.
Insuffisances et apories de l’analyse traditionnelle
Dès 1978, Prosdocimi a proposé un essai de traduction de la première ligne. D’après lui, Tamura abesaked qoi Aves Eurumakes ... pipoked signifierait « Tamura a juré : “Aves Eurumakes a bu ici” »[48]. Le déictique qoi « ici » serait apparenté au latin ecce, cis. La traduction est inspirée par la comparaison avec l’inscription latine archaïque dite « de Duenos »[49] : iouesat deiuos qoi med mitat « il jure par les dieux, celui qui[50] m’offre ». Mais, dans le cas du document sicule, le sens global ainsi obtenu pour le passage est bien peu satisfaisant. On comprend mal le rôle du prétendu préverbe abe‑ que Prosdocimi isole dans abesaked et compare au grec ἀμφι‑[51]. Comme alternative, Prosdocimi suppose que ‑abe est une terminaison de
page 100datif, avec une désinence à initiale *bh[52], et traduit « a Tamura (ou « ai / alle Tamura ») assicurò / giurò ». Quant à lutimbe, il s’agirait d’un datif, éventuellement apposé à tamuraabe, ou d’un adverbe en *‑bhi. Mais cette analyse ne débouche sur aucune interprétation plausible. La mention de Tamura, que Prosdocimi[53] assimile au poète thrace Θαμύρας (Platon, Rsp., 620a) ou Θάμυρις (Il. II, 595)[54], serait parallèle à l’évocation, sur une inscription grecque archaïque, de la coupe de Nestor, objet qui était connu de tous[55]. Le statut de Tamura serait donc proverbial, de sorte que le texte ferait allusion à une histoire, amusante et pleine de sel, mais dont le sens et la portée échapperaient nécessairement à l’exégète moderne. La ressemblance avec l’anthroponyme thrace pourrait n’être toutefois que le fruit du hasard.
À ces objections sémantiques s’ajoutent des difficultés pragmatiques, notamment en ce qui concerne les temps verbaux. Comme l’a souligné Lejeune[56], « imaginez qu’on veuille reconstruire un parfait “a bu” : on aura beaucoup plus de peine à intégrer ce verbe ‘‘boire’’ à un sens d’ensemble acceptable s’il est au parfait que s’il était au présent ou au futur ». En outre, quel serait le référent du prétendu déictique qoi « ici » ? Une difficulté supplémentaire tient à la présence du segment age intercalé entre eurumakes et pipoked[57].
L’hypothèse défendue par Prosdocimi n’est pas non plus irréprochable du point de vue formel. L’analyse de abe‑ pèche par les aspects phonétiques[58]. Pour ce qui est de la morphologie, bien que l’existence d’une forme verbale pipoked ait été acceptée
page 101par plusieurs exégètes[59], il nous paraît difficile, pour ne pas dire impossible, de faire du ‑k‑ de pipoked une marque de parfait, malgré l’assonance avec le grec πέπωκα. La comparaison, fonctionnelle et étymologique, établie par Prosdocimi entre le morphème ‑k‑ de l’osque kellaked (Sa 10, 12) et le ‑k‑ de pipoked laisse perplexe, car non seulement kellaked est une formation secondaire de dénominatif (alors que pipoked est censé être une formation primaire), mais surtout le parfait en ‑k‑ semble être une création récente, propre à l’osque[60]. Quant à la forme osque λιοκακειτ (Vetter 185 : Lu 40)[61], sa morphologie est de toute façon trop incertaine pour appuyer l’analyse de pipoked. En outre, le parfait ombrien en ‑nki‑ du type combifianśi ne saurait être invoqué puisqu’il s’agit d’une ancienne périphrase mettant en jeu la racine de nanciscor, comme l’a bien compris Sommer[62]. Il faut également renoncer à voir dans ce ‑k‑ de parfait un prétendu morphème méditerranéen, qui se retrouverait en sabellique, en sicule, en étrusque et en grec[63], vu que les formes béotiennes de parfait καταβεβάων et ἀποδεδόανθι démontrent que l’extension de la dorsale est récente en grec[64]. À plus forte raison, on écartera la suggestion peu vraisemblable de Bakkum[65] qui explique le prétérit paléo‑sabellique face « il a fait » (Um 4, Tolfa) comme une addition du radical italique fac‑ et du morphème étrusque ‑ce. Finalement, il est à craindre que le rapprochement du sicule pipoked et du parfait grec πέπωκα n’ait été soufflé par les sirènes de la paronymie. En réalité, malgré l’assurance avec laquelle
page 102l’interprétation de pipoked et d’abesaked comme « parfaits » a été présentée[66], l’extraction de ces deux formes verbales ne conduit qu’à des apories. Nous suivrons Lejeune en révoquant en doute leur existence et en tâchant de segmenter la catena litterarum sur de nouvelles bases.
Nouveau regard sur la première ligne de l’inscription
Le segment de gauche <abesakedqoiaves>
L’hypothèse d’une segmentation <tamura|ab...> paraît la plus simple pour expliquer les deux <a> consécutifs[67] :
tamura|abesakedqoiaveseurumakesagepipokedlutimbe
Il semble légitime d’admettre des frontières de mots au sein des suites de lettres <dq> d’une part, et <dl> de l’autre, à moins que la langue ne tolère ces séquences à l’intérieur du mot (soit qu’elles résultent d’une syncope, soit que passe entre ces lettres une limite de morphèmes sentie comme telle) :
tamura|abesaked|qoiaveseurumakesagepipoked|lutimbe
Comme <pip> a l’aspect d’un redoublement (quelle que soit la formation, nominale ou verbale), le premier <p> doit coïncider avec une initiale de mot, si du moins ce mot ne comporte pas de préfixe :
tamura|abesaked|qoiaveseurumakesage|pipoked|lutimbe
La présence d’un anthroponyme eurumakes d’origine grecque paraît indubitable, ce qui permet de poursuivre la segmentation :
tamura|abesaked|qoiaves|eurumakes|age|pipoked|lutimbe
Or entre eurumakes et le mot qui débute par pip‑ se trouve un segment très court, age. Vu qu’il ne comporte que trois lettres, l’hypothèse la plus immédiate (sans, bien sûr, qu’elle soit strictement nécessaire) est que ce segment constitue un seul mot. Si l’on accepte une clef d’interprétation indo‑européenne, age pourrait s’analyser comme l’impératif présent (P2 sg.) du correspondant sicule du latin agere. Dans ce cas, ou bien cet impératif possède son sémantisme plein, ou bien il a été dégradé en particule hortative (« allons ! »). La présence d’age invite à rechercher d’autres formes verbales conjuguées à la deuxième personne du singulier. Or, si on laisse de côté eurumakes, où <es> représente une terminaison nominale, on rencontre deux autres séquences
page 103<es>, dont l’une au moins pourrait être une finale de deuxième personne du singulier. En raison de l’identité formelle (qui, considérée seulement pour elle‑même, pourrait certes être captieuse), nous serions tenté d’isoler abes et de comparer ce segment au latin abes « tu es absent(e), tu es loin »[68] :
tamura|abes|aked|qoiaves|eurumakes|age|pipoked|lutimbe
Que faire alors du segment aked situé entre abes et qoiaves ? Il faut résister à un premier mouvement qui porterait à voir dans la finale ‑ed de aked une terminaison d’ablatif en ‑d, bien que la syntaxe autorise une telle analyse (« tu es absent(e) de ... »). Nous proposons de reconnaître en aked une autre forme verbale, elle aussi à la seconde personne du singulier, juxtaposée à abes. Cette analyse est formellement possible, pourvu que l’on admette que, au moins dans les phonostyles progressifs de cette variété de sicule, une voyelle brève finale a été apocopée après ‑d‑, développement dont l’inscription fournit, on le verra, un autre exemple. En revanche, age préserve son ‑e final[69]. Le latin historique présente quelques cas d’apocope à l’impératif, comme dīc (de dīcō), dūc (de dūcō) et fac (de faciō). Quant à la chute de ‑i final dans abes (*ab‑es(s)i), elle ne relève pas nécessairement du même mécanisme phonétique, car il s’agit d’une voyelle de timbre [i], qui d’ailleurs n’appartient pas au thème verbal, mais à la désinence. Dans le cadre de cette hypothèse, l’identification du verbe est immédiate : il s’agit de l’impératif présent du correspondant du latin accēdere : aked /akkēd/ « accēde » (*ad + *ke‑zd‑). Le segment abesaked, pris en lui‑même, ferait alors sens : abes aked signifierait « tu es loin, approche‑toi ! ». Ces deux verbes conjugués à la P2 sg., préfixés de préverbes antonymes (ab‑ et ad‑), forment une paire allitérante[70] de dissyllabes, comportant, dans le même ordre, des voyelles de même timbre. Le Stichus de Plaute fournit un parallèle phraséologique et contextuel remarquable, dans un passage qui annonce justement la scène finale de la beuverie : Edepol conuiui sat est, / modo nostra huc amica accedat ; id abest, aliud nil abest[71].
Si les trois segments abes, aked, age sont bien des formes verbales de deuxième personne du singulier, il vaut la peine de se pencher sur la finale ‑es de la microséquence qoiaves qui pourrait bien avoir la même valeur. On a certes voulu voir en qoiaves un
page 104anthroponyme[72] qui formerait avec eurumakes une formule onomastique bimembre. Toutefois, on verrait mal à quelle souche anthroponymique rattacher ce nom. Si l’on poursuit la segmentation, deux divisions peuvent être envisagées : qo|iaves, qui semble ne mener à rien, ou qoi|aves. Selon une première analyse, aves serait un anthroponyme[73], et qoi un adverbe. Prosdocimi refuse en effet de retrouver en qoi le relatif *kwoi, parce qu’il est d’avis que les labiovélaires sont représentées en sicule par des labiales, en faisant valoir son étymologie de epopaska. Mais nous avons souligné plus haut que l’analyse en epo‑pask‑a « qui nourrit / élève les chevaux (*eḱwo‑) » n’est qu’une interprétation parmi d’autres, et le prototype en question ne met d’ailleurs pas en jeu *kw. En réalité, rien n’étaie l’idée que le sicule présente le même traitement de *‑kw‑ par ‑p‑ que le sabellique. Par conséquent, rien ne s’oppose à l’analyse de qoi comme relatif. Dans ce cas, <q> note ou bien /kw/, ou bien, à la rigueur, /k/ si l’on suppose que l’appendice labial de la labiovélaire a été perdu à la suite d’une dissimilation devant la diphtongue notée <oi>, dont le premier élément est un timbre d’arrière. Nous admettons donc une équation entre le sicule qoi et le latin quī dont la graphie était qoi à l’époque archaïque[74]. Nous retenons par conséquent le découpage suivant :
tamura|abes|aked|qoi|aves|eurumakes|age|pipoked|lutimbe
Si qoi est bien un relatif, on attend un verbe conjugué à un mode autre que l’impératif, entre qoi et age[75]. Puisque eurumakes est un anthroponyme, la fonction de verbe devrait être assurée par aves. Nous proposons de retrouver en aves la deuxième personne du singulier du correspondant du latin auēre, en admettant que le *‑i final de la désinence verbale primaire *‑si s’est amuï dans cet idiome sicule, exactement comme pour abes. La séquence qoi aves signifierait donc « (toi) qui es avide », « (toi) qui as de l’appétit », « (toi) qui éprouves une vive attirance (pour la boisson ?) », « (toi) qui as hâte (de boire ?) », « (toi) qui es avide de participer à la beuverie ». Or, en latin, la famille d’auidus s’emploie aussi bien pour la nourriture solide que pour la boisson[76].
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Il est maintenant possible de traduire la première macroséquence abes aked qoi aves : « Tu es loin : approche, toi qui es avide (de prendre part au banquet, à la beuverie) ». Le groupement syntagmatique de abes et de aves rappelle l’association, assez naturelle, de abesse et de auēre en latin[77]. À ce stade, notre analyse aurait l’avantage de présenter quatre formes verbales à la seconde personne du singulier, deux à l’indicatif présent (abes, aves), deux à l’impératif (aked, age). Quatre des mots décelés ont des équivalents exacts en latin classique (abes, aves, age) ou archaïque (qoi), et le cinquième (aked) est superposable à son correspondant latin (accēde) à un accident phonétique près, l’apocope du ‑e final.
Le segment de droite <agepipokedlutim>
Si age est un impératif ou une particule hortative, il est loisible de rechercher à sa droite une cinquième forme verbale, figurant elle aussi à la deuxième personne du singulier. Nous suggérons par conséquent de segmenter <pipoked> en deux constituants, dont le second, ked, serait l’équivalent sicule de l’ancien impératif aoriste latin cedo « donne, passe », figé en particule[78] :
tamura|abes|aked|qoi|aves|eurumakes|age|pipo|ked|lutimbe
L’association syntagmatique de age et de cedo est bien documentée en latin[79]. Si l’on rapproche ked du latin cedo, il faut admettre que l’antécédent de ked avait une structure *kedV, où ‑V note une voyelle brève finale qui a été sujette à la même apocope après ‑d que celle que nous avons repérée dans aked. Mais la préhistoire de ked ne peut pas être exactement identique à celle de cĕdŏ, qui doit sa brève finale à l’abrègement iambique : *ḱe‑deh3 > *kedō > cĕdŏ. Comme l’abrègement iambique
page 106est une loi interne au latin[80], il est douteux qu’il ait pu opérer aussi dans la préhistoire du sicule. Rappelons que l’impératif aoriste *ḱe‑deh3 pourrait avoir une certaine antiquité indo‑européenne, car il aurait de possibles correspondants en phrygien[81] et en tokharien[82]. Mais, même si l’on tenait ces rapprochements pour incertains, l’assemblage de l’impératif radical sans désinence[83] *‑dō avec le préfixe déictique *ḱe‑ pourrait être assez ancien à l’échelle de l’italique, car le latin ne possédait plus de préverbe ke‑ vivant[84], et l’impératif aoriste radical athématique est une catégorie résiduelle[85]. Il est donc parfaitement concevable que le sicule ait effectivement possédé un correspondant du cedo latin.
Selon une première approche, le sicule, qui devait, à l’instar du latin, posséder à la fois le degré plein radical (*ḱe‑deh3 > *kedō) au singulier et le degré réduit radical (*ḱe‑dh3‑te > *kedăte, d’où est issu après syncope le latin cette[86]) au pluriel de l’impératif aoriste, aurait généralisé le degré réduit du pluriel au singulier : *kedō aurait donc été refait en *kedă d’après *kedăte. Ce *kedă pouvait aboutir à ked soit directement (par apocope du ‑a bref final : *kedō >> *keda > ked), soit indirectement, par un intermédiaire *kede résultant d’une thématisation[87] de *keda, c’est‑à‑dire d’une normalisation consistant en un remplacement mécanique du ‑a bref final par la voyelle thématique ‑e (dans ce cas, c’est le ‑e qui aurait subi l’apocope : *kedō >> *keda >> *kede > ked). Toutefois, des travaux récents de Hackstein sur le tokharien[88] invitent à tenir compte d’une seconde approche. L’auteur analyse l’impératif pete « donne » du tokharien B comme un avatar de *pó deh3, structure comparable à *ḱe‑deh3 (mais avec un autre préfixe[89]), et reconstitue le développement comme suit : une fois que *pó deh3 est devenu *pódoh3 par univerbation et par coloration[90] de ‑e‑ en ‑o‑ sous l’effet de la laryngale III, la laryngale finale a pu tomber sans allongement quand l’impératif était
page 107employé à la pause[91], conformément à la loi de Kuiper : *pódo(h3) > *pódŏ à la pause. C’est ce prototype *pódŏ qui est la source du tokharien pete, qui présente toutefois un traitement de la dentale influencé par la P2 pl. petso (de *pets‑so), réinterprétée en pet‑so. Dans ce cas, l’impératif sicule ked pourrait en théorie refléter directement *ḱe‑dŏ : *ḱedeh3 > *ḱedoh3 > *ḱedo(h3 ) (traitement à la pause), d’où *kedŏ qui aurait abouti à ked par apocope. Naturellement, la brève du latin cedo ne peut s’expliquer de la sorte, car si le latin avait seulement possédé, dans sa préhistoire, un *kedŏ avec une brève résultant de la loi de Kuiper, le ‑o bref final aurait été altéré en ‑e sous l’effet de l’accent initial préhistorique[92] : on ne peut donc faire l’économie d’un abrègement iambique récent en latin (*kedō > cedo). Il faudrait donc admettre que dans la préhistoire commune du sicule et du latin ont coexisté deux formes, *ḱedŏ d’une part (d’où procéderait le sicule ked), et *ḱedō d’autre part (d’où est issu, par abrègement iambique, le latin cedŏ), respectivement avec et sans application de la loi de Kuiper[93]. Nous laissons ouvert le détail de la restitution de la préhistoire de ked pour laquelle les deux approches évoquées nous paraissent défendables. En tout cas, le ked sicule est fondamentalement l’homologue du cedo latin.
Si ked n’a pas été dégradé en particule (comme c’est en partie le cas de cedo), mais maintient ici son sémantisme plein, il doit s’agir d’un verbe transitif, pour lequel un complément est attendu. Or la séquence <lutimbe> présente une suite de lettres <im> qui pourrait bien correspondre à une terminaison d’un nom à l’accusatif singulier, justement en fonction d’objet de ked. Si c’était le cas, le segment be qui clôt la première ligne devrait être un mot autonome, non enclitique, sur le sens et l’étymologie duquel nous aurons à nous interroger. De plus, la succession de deux labiales, /m/ et /b/, serait un pur hasard, au sens où rien n’indique que ce /m/ résulte de /n/ par assimilation à /b/.
Si ked signifie « donne, tends, passe », le sens le plus immédiat que l’on attend pour son complément est soit une désignation de vase à boire, soit une désignation de la boisson elle‑même contenue dans un récipient. Nous croyons que la première possibilité est la bonne, et isolons un substantif lutim, en rapprochant le latin lŭtum « boue, argile », terme qui peut désigner plus spécifiquement l’argile avec laquelle on façonne un vase. C’est dans cette acception que Tibulle emploie le mot[94] et chez Martial lutum peut désigner spécifiquement l’argile de potier[95]. On
page 108serait finalement en droit de voir en lutim la substantivation d’un dérivé en *‑iyo‑ du correspondant sicule du nom latin lutum. Il faudrait admettre une syncope de *‑Ciyom en *‑Cim[96] (*lut‑iyo‑m > lutim). Il est possible que le falisque atteste un dérivé du même substantif, [lu]tela, mais il ne s’agit que d’une conjecture pour laquelle des alternatives existent[97]. La séquence age ... ked lutim signifierait « allons ... tends la cruche », « allons ... passe le pichet »[98].
Les cotextes[99] de gauche et de droite étant partiellement élucidés, nous pouvons aborder l’analyse du segment pipo. Puisque l’inscription n’ignore pas l’usage de la lettre <b>, il paraît probable que les deux <p> de pipo notent /p/, car c’est <b> qui aurait été utilisé pour rendre /b/. Un apparentement de pipo avec le thème qu’atteste le présent latin bibere reste pourtant vraisemblable, même si l’on rejette l’existence d’un parfait **pipoked. En effet, les langues indo‑européennes ont hérité d’un présent à redoublement *pi‑ph3‑eti (« il boit ») fondé sur une racine *peh3‑. Or comme le montre le présent védique píbati, le thème /piph3e‑/ avait pour réalisation phonétique [pibh3e‑], par suite d’une sonorisation[100] du /p/ au contact de /h3/. Après la chute de la laryngale III, dont l’effet colorant, de qualité [o], a été contrecarré par la pression morphologique qui a conduit à une restitution de [e] (*piph3eti > *pibh3oti > *pib(h3)oti > *piboti >> *pibeti), l’indicatif présent actif avait, à la troisième personne du singulier, la forme *pibeti, et l’impératif présent, à la deuxième personne du singulier, devait être *pibe. Or une découverte épigraphique exceptionnelle, précisément en domaine sicule, a récemment livré une confirmation éclatante de cette reconstruction : pibe[101]. Par conséquent, à un point de leur préhistoire, le latin et le sicule possédaient un présent qui avait encore la forme *pibeti. Simplement, ce présent a subi en latin une assimilation régressive des consonnes (*pibeti > *bibet(i) > bibit « il boit »). Mais si, dans la préhistoire du sicule, le verbe « boire » était exprimé au moyen d’une base *pib‑, encore directement attestée dans l’impératif pibe, base qui en synchronie fonctionnait comme radical, alors rien n’empêche que dans certaines des formations où elle figurait, et au moins dans certains phonostyles, le sicule lui aussi ait connu une assimilation, et plus particulièrement une assimilation inverse de celle qui s’est produite en latin. Cette assimilation progressive aurait transformé pib‑ en pip‑, si bien que <pipo> pourrait s’analyser ou bien comme la première personne de l’indicatif présent actif du verbe « boire »[102], ou bien, plus probablement, comme le vocatif d’un thème en *‑ōn‑ dont le nominatif était pipō (issu, par assimilation progressive, de *pib‑ō) et dont le génitif
page 109devait avoir la forme *pib‑ōn‑es (ou *pib‑n‑es) : *pib‑ō(n) > *pibō > pipō. Dans ce dernier cas, pipo serait l’exact correspondant du second membre du composé combibō (génitif ‑ōnis) « compagnon de beuverie » attesté chez Lucilius[103] et chez Cicéron[104]. L’usage d’un substantif non préfixé pipo (alors que le latin a combibō[105]) pourrait avoir un parallèle frappant dans l’épigraphie grecque de Montagna di Marzo (Erbessos) puisque une kylix de cette provenance évoque, en grec, un « thiase de buveurs », en utilisant apparemment[106] un génitif pluriel π[οτᾶ]ν, justement avec le sens du composé συμπότης[107]. Dans ce cas, pipo signifierait « compagnon de beuverie ». Toutefois, rien n’impose de donner à pipo le sens du composé combibō. Le sens du simple serait voisin de celui de bibulus ou de madidus. La séquence age pipo ked lutim aurait alors signifié « Allons, buveur (ou “ivrogne”, “soiffard”), passe la cruche ! ». Soulignons que le sicule n’a pas sigmatisé les nominatifs en ‑ō(n) à la différence du sabellique, qui présente des nominatifs en /‑uf/[108].
Le segment central : l’anthroponyme <eurumakes>
Le sicule possède de nombreuses formations en ‑es (dont certaines en ‑ies), d’origines et de fonctions diverses[109]. Parmi elles, le corpus comporte plusieurs
page 110anthroponymes en ‑es[110], presque tous au nominatif, dont certains, groupés par deux, semblent constituer des formules onomastiques[111]. Puisqu’il faut exclure *qoiaves ou *aves de la liste des anthroponymes sicules[112], l’inscription de Montagna di Marzo comporte un unique anthroponyme en ‑es, d’origine grecque, eurumakes. Un vif débat divise les spécialistes sur la forme exacte du composé grec à la base de l’emprunt : son second membre aurait été en ‑μάκης selon les uns[113], en ‑μαχος selon les autres[114]. Nous devons reconnaître qu’il est plus vraisemblable de voir en Eurumakes une adaptation de Εὐρύμαχος que d’un composé en ‑μάκης, même si cette dernière hypothèse n’est pas à rejeter catégoriquement. Il faudrait par conséquent admettre que le segment ‑es, sans doute perçu comme une finale vivante d’anthroponymes, s’est substitué à ‑ος[115].
En raison de la présence de plusieurs verbes conjugués à la deuxième personne dans son voisinage, eurumakes devrait s’analyser comme vocatif, non comme nominatif[116]. Mais l’analyse comme vocatif d’une forme en ‑es est‑elle défendable sur le plan morphologique ? L’existence en latin de vocatifs comme domine et fīlī, en regard des nominatifs dominus et fīlius, ferait attendre pour le sicule une forme spécifique, sans ‑s final, de vocatif[117]. En fait, les origines des finales sicules en ‑ies et en ‑es sont, pour l’heure, inconnues, et une confrontation avec les terminaisons analogues du sabellique nous paraît hasardeuse, car les ressemblances pourraient bien
page 111n’être que superficielles[118]. Différentes approches sont à prendre en considération. Ou bien (hypothèse A), les anthroponymes du type rukes comporteraient une ancienne terminaison *‑os devenue [ös] par fronting, réalisation susceptible d’être notée <es>, tandis que ceux du type hazsuies auraient eu une terminaison *‑(i)yos devenue *‑iös ou *‑yös, d’où une notation <ies>. Il ne serait donc pas nécessaire d’admettre des syncopes pour expliquer ces terminaisons. Ou bien (hypothèse B), un suffixe à yod interviendrait dans les prototypes des deux finales, dans la préhistoire desquelles une syncope se serait produite. Le ‑ies de hazsuies serait le produit phonétique régulier d’un complexe suffixal transposable en *‑iy‑iyo‑s, tandis que ‑es (de rukes) serait l’avatar de *‑(i)yos, mais par un cheminement qui ne saurait être entièrement phonétique, et cela pour deux raisons : non seulement le suffixe court *‑(i)yos est reflété en sabellique par ‑is, avec une voyelle fermée, comme l’illustrent le sud‑picénien púpúnis (MC 1) et l’osque lúvkis (Cp 36 : Vetter 4)[119], mais surtout l’évolution de *‑iyo‑m en ‑im que nous postulons pour lutim (*lutiyom) invite à poser, pour le nominatif, *‑(i)yos > *‑is[120]. Dans ce cas, il faut admettre une réfection de *‑is en ‑es, dont il serait aisé de rendre compte dans le cadre d’une association syntagmatique au sein d’une formule onomastique bimembre : *{‑is ...‑ies} >> {‑es ...‑ies}, d’où rukes hazsuies.
Si l’on se place dans le cadre de l’hypothèse B (qui est du reste la plus probable), il est possible d’entrevoir un mécanisme simple qui aurait conduit le sicule à étendre la finale ‑es au vocatif des anthroponymes, la langue présentant des conditions singulières et propices à cela. En effet, puisque aucun indice linguistique déterminant n’oblige à faire du sicule un dialecte sabellique, il n’existe aucune raison de supposer une règle de syncope générale d’une voyelle brève entre consonne et ‑s final comparable à celle du sabellique[121]. Autrement dit, la syncope de *‑o‑ dans *‑C(i)yos n’implique pas nécessairement une syncope de *‑o‑ ou de *‑i‑ dans une fin de mot en *‑Cos ou en *‑Cis (thèmes en ‑i‑). Il est donc concevable que l’identité des terminaisons de nominatif singulier dans les thèmes en ‑i‑ et dans les thèmes en *‑(i)yo‑ après la syncope de *‑C(i)yos en *‑Cis (mais avant la réfection de *‑Cis en ‑Ces d’après les noms en ‑ies) ait pu entraîner la réfection du vocatif des thèmes en *‑(i)yo‑ (qui devait primitivement avoir la forme *‑(i)ye ou *‑ī comme dans le vocatif latin fīlī) d’après celui des thèmes en ‑i‑ (que nous supposons identique au nominatif, comme c’est le cas en latin) :
|
Thèmes en ‑i‑ |
Thèmes en *‑(i)yo‑ |
||
|
Nominatif |
*‑is |
→ |
*‑is (de *‑(i)yos) |
|
Vocatif |
*‑is |
→ |
X, avec X = ‑is |
Après la réfection en ‑es de la finale ‑is de nominatif singulier sous la pression des noms en ‑ies, le ‑es de nominatif ne pouvait manquer de s’étendre au vocatif (afin de préserver, pour ces deux cas, l’identité formelle acquise), ce qui autoriserait l’interprétation de eurumakes comme vocatif. Finalement, il est possible de résumer ainsi l’évolution des deux cas étudiés : au nominatif, *‑(i)yos > *‑is >> ‑es ; au vocatif *‑(i)ye (ou *‑ī) >> *‑is >> ‑es. Soulignons qu’une influence de la flexion des thèmes en ‑i‑ sur celle des thèmes en ‑o‑ a un parallèle bien connu dans les langues de l’Italie ancienne, puisque les finales des génitifs thématiques en ‑eís de l’osque (sakarakleís), en ‑eis ou ‑es du sud‑picénien (kaúieis, múreis ; alies), en ‑es ou ‑er de l’ombrien (katles TIg. IIa 22, 27, popler TIg VIa 19, VIIa 16, 27, 30) sont empruntées à la flexion des thèmes en ‑i‑[122]. En conclusion, il paraît légitime de traduire, en rattachant provisoirement l’anthroponyme à ce qui suit : eurumakes, age pipo ked lutim « Eurymaque, allons, soiffard, passe la cruche ».
Ouverture, clôture et organisation d’ensemble de la première ligne
Le segment initial <tamura>
Si tamura était un anthroponyme[123] à l’instar de eurumakes, il serait possible d’en faire un vocatif et de traduire : « Tamura, tu es loin : approche, toi qui convoites (notre part) ». Néanmoins, la comparaison de tamura avec Θαμύρας, Θάμυρις reste douteuse. Que feraient ces anthroponymes, réputés thraces[124], sur une inscription sicule ? En fait, une division en tam et ura serait étayée par un découpage tam omia eti urela de la séquence finale[125] de la bande inférieure, où deux éléments formant apparemment une homéotéleute, omia et urela, coordonnés par la conjonction eti (latin et[126]), seraient précédés de tam. Quel que soit le sens de urela, cette forme
page 113s’interpréterait comme un diminutif de ura. La partie terminale de la seconde bande répondrait alors, pour sa structure, au début de la première : tam ura d’un côté, tam ... ur‑el‑a de l’autre. Vu le contexte « symposiaque » que nous paraissent impliquer les termes aves, pipo, lutim, une étymologie pour ura et urela s’offre d’elle‑même : les deux mots doivent être apparentés au vieux norrois úr[127] (neutre) « eau », au védique vā́r (neutre, dissyllabique) « eau » et « lait » (dans un emploi figuré), à l’avestique vār « pluie »[128], termes auxquels il faut joindre des formes tokhariennes (A wär, B war)[129] et, à la suite de Watkins[130], le louvite wa‑a‑ar « eau »[131] et l’irlandais fír « lait »[132]. Alors que le louvite wa‑a‑ar et le védique vā́r remontent à *weh1‑r̻, le vieux norrois fournit le degré réduit *uh1‑r‑ qui, par dérivation suffixale, est à l’origine du latin *ūr‑ī‑nā *« élément liquide » (spécialisé par la suite au sens d’« urine »), dont ūrīnārī / ūrīnāre « plonger » est le dénominatif[133]. Un prototype *uh1‑r‑eh2 « boisson » serait à l’origine de ura (*ū‑r‑ā) et de son diminutif urela (*ū‑r‑el‑ā). Du point de vue de la désignation, ura et urela feraient ici référence au vin. Bien que le sens de tam demeure incertain, les nombreuses correspondances décelées entre l’idiome de Montagna di Marzo et le latin semblent plaider en faveur d’un rapprochement avec le latin tam[134]. Il est difficile d’aller au‑delà de la simple conjecture sémantique pour ce terme[135]. L’existence d’une frontière de mots entre tam et ura paraît en tout cas très plausible.
page 114
Le segment terminal <be> : une équation avec le paléo‑falisque be ?
En dépit des difficultés méthodologiques[136] et factuelles[137] qu’il soulève, il est néanmoins capital d’aborder ici l’analyse du segment final <be>, afin de nous assurer qu’il existe bien non seulement une limite de mots entre <m> et <b> dans la séquence <...utimbe>, mais aussi, point essentiel, une frontière de syntagmes et de propositions après lutim.
Nous suggérons, avec les réserves qui s’imposent, que le be sicule n’est autre qu’un aboutissement de l’impératif *pibe, non pas avec syncope du ‑i‑ (probablement tonique), mais par un mécanisme phonétique distinct, celui de l’hapaxépie, que Grammont[138] définit comme une superposition syllabique (ou haplologie) approximative. Dans l’impératif *pibe hérité, l’hapaxépie aurait été favorisée par le lieu d’articulation identique de /p/ et de /b/, par la structure syllabique du mot (CVCV), une syllabe étant le quasi‑redoublement de l’autre, et surtout par la nature grammaticale de la forme et les contextes pragmatiques de ses emplois, l’impératif étant un tiroir verbal où les phonostyles négligents s’imposent aisément. Si cette analyse était exacte[139], be et pibe, coexistant en sicule, mais dans des phonostyles distincts, livreraient un exemple typique de variation linguistique. Il faut toutefois encore s’assurer que cette hypothèse n’est pas une facilité que se donne l’exégète, en essayant de l’étayer sur les plans typologique, philologique et phraséologique.
Du point de vue typologique d’abord, rappelons que l’hapaxépie est un phénomène bien attesté à l’impératif, comme le montrent les haplologies (en fait des hapaxépies) décelées, pour une date très haute, dans les impératifs futurs indo‑européens[140], et
page 115dans d’autres formes jussives[141]. Du point de vue philologique ensuite, il se pourrait que cet impératif à hapaxépie que nous postulons ne soit, en fait, nullement un hapax. Il serait en effet documenté également à la fin de l’inscription falisque des sociai (Vetter 243), dans l’énigmatique séquence finale beie. L’inscription falisque archaïque (viie s.) sur oinochoe d’impasto est de lecture et d’interprétation en grande partie incertaines. Il suffira pour notre propos de citer la portion de l’inscription qui s’étend de salueto à la fin :
saluetosaluesseiteiofeteqemeneseibeie
L’absence de ‑d final dans l’impératif futur salueto est‑elle une simple étourderie du graveur, ou bien a‑t‑on affaire à une variété de falisque dans laquelle *‑d était susceptible de tomber, par diffusion aréale d’un affaiblissement, voire d’un amuïssement de ‑d final, à partir d’un parler « sabin »[142] ? En tout cas, il est impossible, malgré Prosdocimi, de supposer un prototype indo‑européen de désinence d’impératif *‑tō (sans ‑d) à côté de *‑tōd[143].
La présence d’un <b> sur une inscription falisque a été perçue comme si embarrassante que Rix, dans plusieurs publications, a cherché à lire <h>, malgré l’indubitable réalité épigraphique du <b>[144]. Rix segmentait iofete‑qe menesei heie et interprétait « iubete‑que maneri hic »[145]. Lisant <h>, le savant allemand a voulu retrouver
page 116dans les quatre dernières lettres du texte (<heie>) un adverbe de lieu, équivalent du latin hīc « ici ». Et c’est en se fondant sur ce prétendu adverbe que Rix a été amené à trouver dans le segment menesei contigu un infinitif du verbe correspondant au latin manēre, et à traduire « rester ici ». Cette interprétation semble soutenue par le iofete (« iubete ») qui précède, puisque ce verbe, qui signifie « exhorter », peut commander un infinitif. Mais Rix en arrive à un sens peu satisfaisant : « ordonnez de rester ici ! », en imaginant que le locuteur serait un fan, un tifoso dit‑il, d’une troupe de théâtre itinérante, en particulier des sociai (prétendument des actrices), et que cet admirateur enragé réclamerait de la troupe qu’elle prolonge son séjour dans son village.
En fait, même si l’on fait abstraction de ce scénario quelque peu forcé, non seulement le vocalisme radical discordant (manēre / menesei) et la finale d’infinitif inattendue déconseillent vivement cette analyse, mais surtout, si l’on rejette la lecture <h>, l’adverbe de lieu signifiant « ici » disparaît, si bien que le prétendu sémantisme « rester » de menesei ainsi que l’étymologie par manēre perdent simplement leur raison d’être. Or une alternative, irréprochable pour la forme, existe : c’est de voir en menesei le datif du correspondant du grec μένος, du védique mánas‑, de l’avestique manah‑, dont la présence en italique est, de toute façon, supposée par le théonyme Minerua, comme l’a démontré Rix lui‑même[146]. Pour déterminer le sens de menesei, rappelons que les poèmes homériques attestent, à plusieurs reprises, un adjectif μενοεικής signifiant « qui réjouit le cœur », qui s’applique à des victuailles ou à la boisson[147]. Puisque plusieurs personnages sont évoqués dans l’inscription falisque (ce qui justifie l’impératif pluriel iofete), alors, si l’on accepte l’équivalence entre le be falisque et le be sicule, la séquence fait sens : iofete menesei be s’interpréterait comme « exhortez : “bois pour l’entrain” (c’est‑à‑dire pour l’esprit du symposion) », ou, mieux, comme « exhortez, pour l’entrain : “bois” ». Il s’agirait donc d’une consigne laconique adressée à tous les convives, d’exhorter en commun, successivement, chacun des leurs à vider sa coupe. C’est donc beie, et non pas menesei, qui exprime, au style direct, le contenu de l’injonction iofete.
Pour cerner maintenant la fonction des deux lettres <ie> qui suivent, il faut rappeler l’anomalie phonétique décelée dans l’impératif futur salueto qui précède, où le ‑d final fait défaut. S’il ne s’agit pas d’une méprise de la part du scribe, la chute de ‑d final s’interprète aisément comme une influence d’un parler « sabin » (cet amuïssement étant bien documenté sur l’inscription sud‑picénienne du cippe de Cures, ainsi que dans l’ancien aoriste face de la Tolfa). Il est dès lors possible d’identifier ce ie au second élément ‑ied du falisque foied « aujourd’hui, hodie », avec la même évolution
page 117de dy‑ en yod. L’intérêt de cette analyse résiderait dans la mise en lumière d’un double rapport paradigmatique avec les inscriptions falisques Vetter 244a et 244b portant foied uino pipafo (ou pafo) « aujourd’hui je boirai du vin »[148], l’association [fo]ied ... (pi)pafo présentant les mêmes éléments que be ie. Finalement, iofete menesei be ie signifierait ou bien « exhortez, pour l’entrain : “bois dans la journée” » (c’est‑à‑dire sans attendre le lendemain, parallèle à foied ... pipafo « je boirai aujourd’hui »), ou bien « exhortez, pour l’entrain : “bois de jour” » (c’est‑à‑dire sans attendre la soirée). Cette dernière interprétation sémantique trouverait un appui dans un fragment d’Alcée : Πώνωμεν· τί τὰ λύχν’ ὀμμένομεν ; Δάκτυλος ἀμέρα[149]. Comme plusieurs philologues l’ont souligné[150], l’invitation à boire avant la tombée de la nuit constituerait une transgression d’une coutume du symposion, d’après laquelle la beuverie ne devrait commencer qu’en soirée. L’injonction be ie témoignerait donc, avec humour, d’une impatience de boire. Il reste à rendre compte de l’absence, surprenante au premier abord, de toute marque formelle de deixis dans ie (< *dyēd), alors que foied « aujourd’hui » en présente une à l’initiale, comme hodiē, l’un et l’autre issus de *gho‑d(i)yēd. En réalité, l’expression de la deixis est ici superflue, car redondante, puisque les salutations qui précèdent (saluete sociai, salueto) suffisent à rattacher sans ambiguïté le ie en question au nunc de l’énonciation (et donc à la « journée d’aujourd’hui »). Notre analyse de be comme impératif du verbe « boire » paraît convenir à la fois au contexte du document sicule et à celui de l’inscription falisque. La même hapaxépie serait à postuler et pour la préhistoire du falisque et pour celle du sicule. Mais puisque le sicule n’est pas un parler sabellique, il serait loisible de penser, sans que cela s’impose toutefois, que le sicule, le latin et le falisque, ont connu une préhistoire commune, post‑italique. Une innovation commune au sicule et au falisque ne surprendrait donc pas dans le cadre de cette hypothèse.
Structure et élaboration poétique de l’inscription
Après avoir discuté, segment après segment, la première ligne de l’inscription de Montagna di Marzo, nous sommes à même d’aborder son organisation d’ensemble. La séquence comptant au moins cinq formes verbales conjuguées à la deuxième personne (abes, aked, aves, age, ked)[151], elle pourrait présenter une structure dialogique. Plusieurs interprétations d’ensemble sont alors concevables. Premier scénario : trois personnages sont en jeu, le locuteur (L) et deux interlocuteurs (I1 et I2), dont l’un s’appelle Eurymaque. Dans un contexte symposiaque[152], le locuteur s’adresse
page 118successivement à I1 pour l’inviter à s’approcher des autres convives, puis à I2 pour qu’il offre à boire à I1, par exemple en signe de bienvenue. Si on laisse de côté tam ura (« il y a bel et bien de la boisson » uel sim.), on peut traduire : (L à I1) « [...] Tu es loin. Approche‑toi, toi qui as envie (de boire) ! » ; (L à I2) « Eurymaque, allons, soiffard, passe la cruche (à I1) » ; (L à I1) « bois ! »[153]. Selon une seconde interprétation dialogique, deux personnages seulement interviendraient, L1 et L2 (l’un d’eux s’appelant Eurymaque). L1, qui vient de se servir à boire, garderait la cruche auprès de lui, avec un sans‑gêne impardonnable, abusant ainsi de la patience de L2, qui, pour se servir, attend son tour à l’autre bout de la pièce. Voyant son agacement, L1, qui manque décidément d’urbanité, ne daigne toujours pas se lever mais se contente d’inviter son commensal à se déplacer, pour se servir lui même : (L1 à L2) « [...] Tu es loin, approche‑toi, toi qui as envie (de boire) ». Mais L2, lassé, prend la mouche, en interpellant L1 en ces termes : (L2 à L1) « Allons, soiffard, passe le pichet ! » ou bien « Allons, je bois[154], passe le pichet ! ». L’autre, qui s’y résout enfin, lui dit : (L1 à L2) : « bois ! »[155]. Comme le Philocléon des Guêpes[156], le buveur sicule L1 doit donc encore apprendre à bien se conduire dans un banquet.
Le trait le plus frappant de l’inscription réside dans son extrême élaboration poétique[157]. Nous avons isolé cinq séquences : tam ura (A), abes aked qoi aves (B), eurumakes (C), age pipo ked lutim (D), be (E). En dépit des apparences (‑s final), C est un vocatif qui se rattache soit à B soit à D. Les séquences complexes B et D forment des unités pour la syntaxe comme pour le sens (en B, l’injonction aked est censée exprimer une réaction à abes). B et D constituent des heptasyllabes qui présentent la même organisation rythmique : 2 + 2 + 3, le dernier élément étant décomposable en 1 + 2. Or le schéma 2 + 2 + 3 (ou 4 + 3) est attesté ailleurs dans l’épigraphie funéraire sud‑picénienne[158], notamment à Bellante en TE 2 (postin viam videtas // tetis tokam alies // esmen vepses vepeten), et dans les clausules de TE 5 à Penna S. Andrea (praistaklasa posmúi)[159], de AP 2 à Castignano (súaís manus meitimúm) ou de MC 1 à Loro Piceno (mefiín veiat vepetí). On observe des effets
page 119sonores recherchés typiques de la poésie « italique ». En B, les trois termes toniques commencent par a‑ (abes, aked, aves), et c’est également le cas de l’initiale de D (age). Sans constituer une paire minimale phonologique, aves et abes sont à la fois paronymes et complémentaires pour le sens[160]. De même que D répond à B pour la structure rythmique, de même C offre une reprise spéculaire partielle de la structure phonique de A : a‑m‑u‑r (dans t[am ur]a) en regard de r‑u‑m‑a (dans eu[ruma]kes). La séquence tautosyllabique ‑eu‑ (dans eurumakes), a priori rare dans une langue italique, est reprise par le segment hétérosyllabique ‑ev‑ en début de seconde ligne. La fin de la première ligne (lutim be) fournit un écho sonore à son ouverture (tam ura abes). La recherche délibérée de la paronymie au sein du quadruplet abes, aves, aked, ked met en œuvre deux types de suites de phonèmes, d’un côté ‑bĕs (abes) et ‑wēs (aves), où une voyelle brève ou longue suivie de ‑s final est couplée avec une consonne présentant un trait labial, /b/ ou /w/, d’un autre côté ‑kkēd (aked) et kĕd (ked), où une voyelle longue ou brève suivie de ‑d final est couplée avec des dorsales sourdes, /kk/ ou /k/. Or les deux types, que l’on peut baptiser /B...s/ et /K...d/, sont complétés par un type mixte /K...s/ dans le ‑(a)kes qui figure à la fin de eurumakes[161]. On se représente volontiers des lecteurs éméchés s’efforcer d’énoncer le texte à voix haute avec un débit aussi rapide que leur permettait leur état, et tâcher de répéter l’opération sans hésiter. Or l’Italie archaïque livre un autre exemple de virelangue[162] : il s’agit de l’inscription falisque Vetter 242a (n° 2a du recueil de Giacomelli 1962) en laquelle Mancini 2004 a reconnu un scioglilingua : propramom pramed [u]mom pramod pramed umom pramod propramod pramod umo[m].
Mais ces remarques descriptives n’épuisent nullement l’analyse. En effet, si on laisse de côté les séquences A et C (dont on a vu les affinités phoniques, qui supposent une logique propre de la part du rédacteur), il est remarquable que la distribution des timbres vocaliques en B, D et E soit réglée par un principe fonctionnel : les timbres
page 120[a] et [e] figurent dans les verbes et là seulement (abes, aked, aves, age, ked, be), tandis que les timbres [o], [i], [oi] et [u] apparaissent dans les formes non verbales, et là seulement (qoi, pipo, lutim)[163]. En outre, parmi les dorsales mobilisées dans les séquences B et D (aked, qoi, age, ked, pas d’exemple en E), trois types d’oppositions sont mis en œuvre : celles de voisement (sourde / sonore, ked /k/ versus age /g/), de point d’articulation (vélaire / labiovélaire : ked /k/ versus qoi /kw/) et de « longueur » (simple / géminée : ked /k/ versus akkēd /kk/), le terme non marqué étant placé en dernier (avec un rappel dans eurumakes du segment central C). Rappelons que Watkins a décelé en védique des distributions de phonèmes fondées sur une réflexion grammaticale tout à fait comparable[164]. Le rédacteur de l’inscription sicule n’était donc pas seulement poète, mais aussi linguiste.
L’inscription d’Eurumakes n’est pas le seul document de Sicile où s’observe une mise en œuvre ludique du langage. Ainsi, c’est avec raison qu’Agostiniani[165] a évoqué la « fonction poétique » à propos du cippe de Centuripe. Qu’il faille l’assigner au grec ou au sicule, l’inscription de la kotyle de Grammichele présente une série d’allitérations en /d/[166]. Enfin, à Montagna di Marzo, sur la partie inférieure de la panse d’une hydrie de facture sicule, une inscription en boustrophédon est disposée de telle sorte que la seconde ligne forme un palindrome : <γελοιο / σακασ / εραται>[167]. En vidant sa coupe, le buveur d’une kylix de même provenance avait la surprise de trouver, gravée sur le fond, la formule salace Hο δὲ γράπσας τὸν ἀννέμο(ν)τα πυγιξεῖ[168] clôturant l’inscription qu’il venait de lire.
En conclusion, les formes de parfait **pipoked et **abesaked que l’on a cru déceler sur l’inscription de Montagna di Marzo n’existent pas. La première ligne du texte, pour laquelle nous retenons la segmentation tam ura abes aked qoi aves eurumakes age pipo ked lutim be, est caractérisée par une extrême élaboration poétique. Elle comporte cinq ou six formes verbales conjuguées à la deuxième personne du singulier : abes, aked, aves, age, ked et peut‑être be. L’interprétation qui découle de notre segmentation concorde avec ce que laisse attendre le support de l’inscription, une amphore : il s’agit d’un échange de propos « symposiaques » dont la piquante concettosità n’est pas sans parallèle dans l’épigraphie de l’Italie archaïque.
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[1]. Présentation commode du corpus sicule chez Agostiniani 1992b et Manganaro 1998. Voir également Vetter 1953, p. 359‑360 ; Schmoll 1958 ; Zamboni 1978.
[2]. Campanile 1969 ; Agostiniani 1992b, p. 128‑129.
[3]. « L’etichetta di “siculo” sarà utilizzabile solo a patto che si specifichi che essa non identifica una lingua ma un insieme di varietà » (Agostiniani 1992a, p. 171).
[4]. Dubois 1989, p. 190.
[5]. Nous ne pouvons que souscrire au jugement de Prosdocimi 1978, p. 27 : « la lunghezza del testo, escluso le sequenze onomastiche, fa pensare a quelcosa di ‘‘concettoso’’ ; [...] la concettosità diviene, salvo condizioni fortunate [...] un impedimento euristico ».
[6]. Nous avons plaisir à remercier G. Van Heems pour son invitation, les participants pour leurs observations, notamment I.‑X. Adiego Lajara, D. Briquel et L. Dubois, ainsi que F. Fleck et A. Ripoll.
[7]. Sur la distinction entre sabellique et italique, on consultera Meiser 1986, p. 1 ; Rix 2002, p. 1‑2, Wallace 2007, p. 1‑5 ; ainsi que de Bernardo Stempel 2000, p. 47‑48.
[8]. « Für eine Aufnahme dieser Texte in eine sabellische Textausgabe oder in eine Grammatik des Sabellischen reichen aber diese Anklänge derzeit noch nicht aus » (Rix 2002, p. 12).
[9]. Prosdocimi 1995, p. 67‑68. Il s’agirait d’un thème en ‑ā masculin, du type latin agricola, avec le nom du cheval *eḱwo‑ (latin equus) au premier membre et, au second, un dérivé du thème verbal de pascō. Alors que, sur le plan de la signification, il rappelle les composés grecs ἱπποτρόφος, ἱπποβότης, ἱπποφορβός, le sicule epopaska correspondrait, du point de vue de la désignation, à un nom de magistrat.
[10]. Prosdocimi avait‑il à l’esprit le parallèle (seulement approximatif) du vénète <.e.p.pet‑>, <e.p.pet‑> (MLV 133, 136), <e.pet‑> (MLV 135) ? Mais les formes plus anciennes étaient <e.kvopet‑>, <.e.kvopet‑> (MLV 122 bis, 223) et <e.kupet‑>, <.e.k[up]et‑> (MLV 130, 131, 132) et, en alphabet latin, <equpet‑>, <ecupet‑> (MLV 134, 236). Voir Lejeune, MLV § 128 et § 161.
[11]. Prosdocimi 1978, p. 26.
[12]. Vetter 2, 15 : Rix Lu 1, 15. Dans pomtis, la réduction de *‑mpt‑ à ‑mt‑ est récente, puisqu’elle est postérieure à la loi d’anaptyxe (voir Adiego 1994, p. 266).
[13]. La lettre qui suit le segment <om> est en fait très probablement un <i> et non un <t>, et celle qui précède <om> a toutes les chances d’être un <m>. La consultation des photographies publiées dans Kokalos 24, 1978, planche IV (II, 5), nous paraît confirmer les lectures de Manni Piraino 1978, p. 12‑13 et d’Agostiniani 1992b, p. 152 (un autre avis a été exprimé par Manganaro 1998, p. 254). Puisqu’il faut lire <mom> (et non <pom>), et plus précisément <momia> (et non <pomta>), la séquence en question n’est pas susceptible de nous renseigner sur le sort des labiovélaires en sicule.
[14]. Malgré Vetter 1962, p. 68. Voir aussi Agostiniani 1992b, p. 141.
[15]. D’ailleurs le ‑d final n’est pas censé tomber en sicule. On se reportera à la discussion d’Agostiniani et de Prosdocimi 1978, p. 246.
[16]. Si le segment tebe ou tebeg de la stèle de Sciri était en rapport avec le datif latin tibi, cela établirait simplement que l’aboutissement de */bh/ est reflété par <b> dans la graphie (voir Agostiniani 1992a, p. 182‑183). La kotyle de Grammichele nous renseignerait sur le sort de /dh/ si ce qui est écrit <dedaxed> reflétait bien un thème de parfait sicule à redoublement du correspondant de faciō, à l’instar du vhe:vhaked de la fibule de Préneste (Zamboni 1978, p. 987), <x> pouvant d’ailleurs noter le résultat d’une palatalisation de /k/ par /e/. Dubois 2008, p. 176‑177, considère toutefois que le texte est écrit en grec, non en sicule, si bien que toute conclusion est à relativiser. Une évolution *dh > d serait peut‑être également illustrée par le toponyme Μέδμη (Bruttium), que Rix 1953, p. 251‑255, compare au gotique miduma « milieu ». Le sens serait celui de « fleuve‑frontière », avec un développement sémantique comparable à celui que présente le russe mežá « sillon qui sépare deux champs, limite entre deux terrains ». Il est néanmoins malaisé d’exploiter cette étymologie pour notre argumentation, car le toponyme Μέδμη pourrait relever d’une langue indo européenne non italique, et l’on ne peut exclure une évolution *dh > *t, que présenterait aussi l’hydronyme Metaurum (en ce sens, Duridanov 1993, p. 44), avec sonorisation secondaire de *‑t‑ au contact de ‑m‑. La question doit rester ouverte.
[17]. Voir, par exemple, Durante 1966, p. 441, n. 60 à propos de geped (indicatif prétérit, rapproché du subjonctif parfait osque hipid). Bien que les limites de mots à droite et à gauche soient incertaines, la séquence <gosti> de la stèle de Sciri a été comparée au latin hostis dont le prototype est *ghosti‑ (Zamboni 1978, p. 986 ; cf. de Simone 2006, p. 690).
[18]. Rix 1983, p. 95‑100 (2001, p. 140‑145) ; Meiser 1986, p. 39‑54. Néanmoins, la mutation vocalique semble être uniquement amorcée, mais non achevée, en proto‑sabellique : Adiego 1993, p. 13‑15. Soulignons que le contexte imparfaitement élucidé de l’inscription de l’askos de Centuripe n’autorise pas la mise en équation du segment <durom> avec le grec δῶρον, ni dans le cadre d’un emprunt (l’adaptation la plus probable aurait été notée *<dorom>), ni dans celui d’un héritage indo‑européen, car le nom italique du « présent », *dōnom (latin dōnum, osque dunúm Sa 24, sud‑picénien dúnoh CH 2), ferait a priori attendre pour le sicule un dérivé en *‑no‑ de la racine *deh3‑ (noté *<donom> ou *<dunom> en cas de mutation) plutôt qu’en *‑ro‑.
[19]. On trouvera une minutieuse discussion phonologique de ce nom chez Agostiniani 2000, p. 164‑167. Voir aussi Dubois 1989, p. 199‑200 et 2008, p. 181.
[20]. Dans ses deux occurrences, le <esti> que l’on a isolé sur l’askos de Centuripe pourrait être l’homologue du latin est « il est ». Néanmoins, des segmentations concurrentes de la scriptio continua sont concevables. Discussion chez Agostiniani 1992a, p. 203, n. 93.
[21]. Durante 1966, p. 441, n. 60 ; Agostiniani 2000, p. 196, n. 6 ; Prosdocimi 1998, p. 334‑335.
[22]. Agostiniani et Cordano 2002, p. 82.
[23]. Voir la mise au point de Kümmel 2007.
[24]. Voir Agostiniani et Prosdocimi 1978, p. 246 et Agostiniani 1992b, p. 139. Comme l’a montré Cowgill 1973, les correspondants sabelliques du latin stāre ont été recaractérisés par un suffixe à valeur stative ‑ē‑ (*‑eh1‑) et sont donc à reconstruire *sta‑ē‑ ou, à la rigueur, *stā‑ē‑ (discussion chez García Castillero 2000, p. 357‑361). L’analyse de Cowgill a reçu une éclatante confirmation des données sud‑picéniennes : l’alternance orthographique <e> / <í> (adstaeoms CH 1a, adstaíúh AP 2) ne peut s’expliquer qu’à partir d’un thème *sta‑ē‑ (ou *stā‑ē‑). Or si la recaractérisation au moyen du morphème statif *‑ē‑ apparaît, dans le cas du verbe « se tenir debout », parfaitement justifiée par le sémantisme, elle ne le serait nullement pour un verbe signifiant « donner ». La ressemblance extérieure entre l’osque staít et le sicule dohit(i) est donc entièrement fallacieuse. Sur la destination de la tuile qui sert de support à l’inscription, voir l’étude fondamentale de Cultraro 2005.
[25]. Agostiniani et Prosdocimi 1978, p. 246 ; Agostiniani 1982, p. 516 ; Prosdocimi 1996, p. 281‑282.
[26]. Sur le latin im, voir Leumann 1977, p. 467 et Meiser 1998, p. 160. Un correspondant hittite de *im a été identifié dans ini (*ím + i ou *ím + ī), qui fonctionne comme un neutre (Melchert 2008, p. 367‑368).
[27]. On lira avec profit les discussions de Rix 1994a, p. 119‑120 et 1998a, p. 248‑249 ; de Schrijver 2005, p. 585‑586 et d’Agostiniani 2006. Sur la syntaxe de l’inscription sud‑picénienne TE 2, qui met en jeu trois génitifs en ‑es (alies, vepses et tetis, très certainement une erreur pour +tites), voir Martzloff 2007 et Hodot 2008, p. 229‑230.
[28]. Agostiniani et Prosdocimi 1978, p. 240‑243. Des réserves ont toutefois été émises par de Simone 1999, p. 503‑504. Sur l’institution de la vereiia‑, voir Rix 1999 ; Albanese Procelli 2003, p. 223 ; Cultraro 2005, p. 248.
[29]. La lecture <touto> a toutefois été récemment contestée par Manganaro 1998, p. 256‑257. L’auteur préfère identifier <telto>. De même, de Simone 1999, p. 503.
[30]. Cette hypothèse est signalée par Janda 1997a, p. 614, n. 52. Dans ce cas, le second membre contiendrait la racine *werĝ « faire, accomplir », si bien que tout rapport avec l’institution osque de la vereiia‑ disparaîtrait. C’est à juste titre que Rix 2000a, p. 221, estime le passage peu clair.
[31]. Le cippe de Tortora, qui porte une inscription rédigée dans un parler paléo‑sabellique désigné conventionnellement comme œnôtre (Ps 20), contient la séquence de lettres <]τοFτιδ> qui semble appartenir à un dérivé ou à un composé de *teutā (Lazzarini et Poccetti 2001, p. 158).
[32]. Des traces probantes de *teutā ont été décelées en latin même par Brachet 2006.
[33]. CIL I2, 2112. Voir Lassère 2005, p. 310‑311.
[34]. Thurneysen 1899, p. 218. Voir les remarques de Campanile 1996, p. 182.
[35]. Agostiniani 1992a, p. 191‑192, spécialement n. 63 ; Poccetti 2009, p. 234. Le terme doit signifier « chef ».
[36]. On ne peut entièrement exclure qu’un suffixe *‑etio‑ ait existé dans des parlers italiques autres que les dialectes sabelliques, comme précisément le sicule. Les « formules onomastiques » du type reses anires pourraient être calquées sur l’usage sabellique.
[37]. Comme dans l’ombrien zeřef Ia 25, 33, 34, serse VIa 2, 16, VIb 17, 22, 41. Voir Rix 1986, p. 594 ; Meiser 1986, p. 98‑100 ; Wallace 2007, p. 33.
[38]. Rix 1986, p. 583‑591.
[39]. Lazzarini et Poccetti 2001, p. 140‑148 et 172.
[40]. Mais Watkins 2006, p. 519 admet que l’anthroponyme féminin akkā, attesté entre autres sur une inscription grecque d’Erbessos (génitif ακας), remonte à *atikā.
[41]. Nous renvoyons aux présentations de De Miro 1978, p. 7‑9, de Manganaro 1978, p. 255‑256, et de Prosdocimi 1978, p. 22‑23.
[42]. Pour le renversement des lettres, voir Prosdocimi 1999, p. 472‑473 et Poccetti 2004, p. 646. Une problématique voisine, touchant la disposition des séquences graphiques sur un vase de Magliano Sabina, est abordée par Poccetti 2008.
[43]. À la fin de la seconde ligne, elles touchent le premier <m> du segment que nous lisons <...tamomia...>.
[44]. Comme le précise Albanese Procelli 1999, p. 351, « L’elevato livello di acculturazione delle élites del centro è segnalato inoltre dall’adozione di nomi greci, ma adattati alla fonetica locale, come quello di Eurumakes nella nota iscrizione anellenica dipinta su un’anfora di produzione indigena della fine del vi sec. a.C., commissionata da un indigeno per una esplicita finalità conviviale ».
[45]. Prosdocimi 1978, p. 32 ; de Simone 1999, p. 502. Le mot a également été emprunté par l’étrusque sous la forme larnaś (Cr 2.40) : voir G. Colonna in REE 46, 1978, n° 103, p. 350‑352, et Morandi Tarabella 2004, p. 452.
[46]. La paternité de cette analyse de ‑ked est attribuée à Manganaro, cité par Prosdocimi 1978, p. 31. Dans les débats scientifiques actuels, l’existence de deux formes verbales de parfait sur l’inscription de la Montagna di Marzo, chacune terminée par ‑ked, est présentée comme une certitude irréfragable. Mentionnons le jugement, éloquent à cet égard, de Prosdocimi 1995, p. 68‑69 : « le due forme hanno di per sé l’evidenza di verbi alla 3a singolare di preterito : la giunzione delle evidenze singole rende certa l’interpretazione. A questo livello abbiamo la certezza di un ‑ed di 3a singolare di un preterito [...] ».
[47]. Sur les formes ombriennes usaçe (TIg. IIa 44) et usaie (TIg Ib 45), voir Rix 1993a, p. 336. Prosdocimi 1995, p. 74, envisage, mais pour l’exclure à juste titre, une segmentation abesa‑ked, formation sur un thème comparable à *op‑es‑ā‑ (attesté par exemple dans l’osque úpsannúm Sa 13, Cm 2, Cm 4), avec une terminaison identique à celle de pipoked.
[48]. Prosdocimi 1978, p. 32 : « Tamura giurò: qui Aves Eurymakes bevve ».
[49]. CIL I2 4, Wachter 1987, p. 70‑75. Voir l’étude récente de Tichy 2004, p. 196‑200.
[50]. Dans l’esprit de Prosdocimi, il n’existe aucun rapport entre le qoi de l’inscription de Duenos (qui est clairement un relatif, équivalant au quī du latin classique) et le qoi sicule (qui serait un adverbe).
[51]. Les justifications qu’avance Prosdocimi 1978, p. 32, paraissent peu convaincantes : « Potrebbe [...] riferirsi all’anfora (ἀμφιφορεύς) o, magari per un gioco di parole, alle due iscrizioni simmetriche ». Le préverbe ferait donc référence aux deux bandes inscrites entourant le vase (Prosdocimi 1995, p. 74). Mais en quoi serait‑ce humoristique ? Tamura aurait juré en prenant en mains les deux anses de l’amphore, d’où le préverbe abe. On traduirait : « Tamura a juré en empoignant (l’amphore) : “Ici (même), Aves Eurumakes [...] a bu” ». Mais l’on reconnaîtra que cette analyse est quelque peu forcée. Prosdocimi 1999, p. 473, a tenté d’étayer son analyse en tâchant de déceler dans le passage les traces d’une parodie du langage judiciaire, mais les indices en ce sens sont bien ténus.
[52]. Prosdocimi compare les finales élymes en ‑iib, mais l’on sait que la lecture ‑iib est en fait débattue. Défendue par Agostiniani 1992b, p. 135, l’interprétation ‑iib est contestée par d’autres, comme Lejeune 1970b, p. 139 ; Cowgill 1986, p. 58 ; Dubois 2009, p. 108‑111.
[53]. Prosdocimi 1978, p. 39‑40 (suivant une idée d’Anna Marinetti).
[54]. Sur ce personnage, voir Svenbro 1976, p. 24‑25, 31, 35, 36 et Kirk 1985, p. 216.
[55]. Sur l’inscription de la coupe de Nestor, voir Latacz 1990, p. 234‑235 (1994, p. 364‑365) ; Watkins 1976 et 1995b, p. 41‑42 ; Rix 1997, p. 39 ; Wachter 2004, p. 313‑315.
[56]. Lejeune 1978, p. 47.
[57]. Prosdocimi 1998, p. 337, paraît accepter l’identification avec l’impératif du correspondant de agere, figé en particule (sur age, voir Wackernagel 1920, p. 85 et Pinkster 1972, p. 40, 41). Mais cela conduit justement à une traduction qui semble franchement inacceptable : « Tamura a juré alentour [sic] ici : “Aves Eurumakes – allons ! – a bu” » ou « Tamura a juré alentour [sic] : “ici, Aves Eurumakes – allons ! – a bu” ».
[58]. Le reflet de *‑i‑ bref serait noté <e> dans <abe> et à la fin de <lutimbe>, tandis qu’il serait rendu par <i> dans la syllabe de redoublement pip‑. Cette difficulté phonétique ne se résout pas en supposant simplement que *‑i bref devient ‑e en finale absolue (changement que l’on retrouverait en latin), puisque dans la coordination eti que Prosdocimi extrait, avec vraisemblance, de la deuxième ligne (...a eti urela), le ‑i final n’a pas été altéré en ‑e. En outre, /m/ ne serait pas noté devant /b/ dans <abe>, tandis que <lutimbe> présente une séquence <mb>. Il ne s’agit pas d’un obstacle dirimant à l’analyse de Prosdocimi, car /m/ implosif pourrait avoir été faiblement articulé au point de ne plus trouver systématiquement une expression dans la graphie. De façon alternative, le groupe noté <mb> pourrait être récent (syncope dans un groupe *‑mVb‑ ou *‑nVb‑), et l’on ne peut écarter que ‑be soit une postposition dont le régime est à l’accusatif, mais ces hypothèses resteraient tout à fait invérifiables, et donc bien peu satisfaisantes. Enfin, dans une langue sabellique, on aurait attendu un préfixe a(m)b‑ avec syncope de *‑i bref. Sur la préhistoire du préfixe sabellique *amb(i)‑, voir Rix 1994b, p. 14‑16.
[59]. Pourtant, tout en admettant que eurumakes est un nominatif sujet du prétérit en ‑ed qui suit, Agostiniani évite, dans deux publications récentes, de citer le verbe sous la forme pipoked : « quanto a ευρυμακες, è pura evidenza che, nel dettato dell’iscrizione di Montagna di Marzo, esso funzioni da soggetto dell’azione espressa dal verbo in ‑ed che segue » (Agostiniani 2006, p. 116 ; cf. id. 2009, p. 51). Comme le reconnaît avec lucidité Agostiniani 2000, p. 164, « l’identificazione della parola e la sua qualificazione morfo‑lessicale sono sub iudice ».
[60]. Pour un rapprochement de kellaked avec le latin cella, voir Poccetti 1977. Plusieurs linguistes ont toutefois opté pour une autre analyse, comme Untermann 2002, p. 492‑493 ou Dunkel 2004, p. 45. L’existence d’un type rare de parfait osque en ‑k‑ est admise par Rix 1992b, p. 239 (2001 : p. 227), et 1993a, p. 329, tandis que Rix 2003, p. 158, laisse la question ouverte.
[61]. Voir Lejeune 1970a, p. 291.
[62]. L’hypothèse, proposée par Pisani 1975, d’une identité originelle entre le morphème ‑nśy‑ de l’ombrien et le segment ‑nc‑ de l’étrusque (dans ceriχunce) ne paraît pas démontrable. On préférera les explications de Sommer 1926 et de Weiss 1993, p. 20‑21.
[63]. En ce sens, Pisani 1964, p. 52, et Parlangèli 1972, p. 238. Même si l’emprunt, d’une langue à une autre, de morphèmes flexionnels est un phénomène linguistique incontestablement documenté, quoique limité (Gardani 2008, p. 1‑2 et 51‑79), c’est avec raison que de Simone 1970, p. 137‑138 rejette tout lien entre les formations verbales étrusques en ‑ce et le parfait en ‑κ‑ du grec. Sur les morphèmes verbaux ‑ce et ‑χe de l’étrusque, voir maintenant Wylin 2000, p. 72‑77.
[64]. Cette extension peut d’ailleurs se comprendre à l’intérieur même du grec, comme l’a prouvé Kimball 1991. Sur le parfait grec en ‑κ‑, voir également Dunkel 2004.
[65]. Bakkum 1992, p. 2 : « Ik overweeg daarom om face te beschouwen als een hybride vorm met de Etruscische praeteritum‑uitgang ‑ce toegevoegd aan de Italische verbale stam /făc‑/ ». Mais puisque le thème verbal se termine par /k/, il serait arbitraire d’interpréter <c> comme /kk/, avec un morphème à initiale /k/ inconnu par ailleurs en italique.
[66]. Pisani 1981, p. 363, admet lui aussi qu’il s’agit de deux prétérits. Nous ne discutons pas ici son analyse, envers laquelle nous partageons le scepticisme de de Simone 1999, p. 502.
[67]. Le segment <aa> pourrait en droit correspondre à un hiatus interne à un mot, ou même à une voyelle longue, comme le suggère de Simone 1999, p. 502.
[68]. Sur la paire ab / af du latin archaïque, voir Vine 1993, p. 175‑189, ainsi que Kortlandt 2007, p. 151, et de Vaan 2008, p. 19‑20.
[69]. Nous verrons que age est ici une particule hortative qui accompagne un autre impératif, ked, dont age est séparé par un vocatif, pipo. Cette insertion du vocatif, mettant en suspens l’exhortation annoncée par age, a pu contribuer à conférer un certain relief à cette particule et à en préserver la finale. Il s’agit là d’une simple hypothèse. Le maintien de ‑e permettait d’éviter le contact de la sonore ‑g avec la sourde p‑ et d’assurer ainsi l’euphonie. Enfin, l’influence du correspondant grec ἄγε a pu intervenir dans une certaine mesure.
[70]. L’importance du rôle dévolu à l’allitération dans l’esthétique de la poésie sabellique a bien été mise en lumière par Marinetti 1981, p. 153‑156, et par Vine 2004, p. 616‑619. Conformément à la pratique de la poésie italique, l’absence de consonne initiale est considérée comme une allitération.
[71]. Réplique de Sagarinus à Stichus (vers 710‑711), les deux esclaves attendant leur compagne Stéphanie. Ernout traduit : « Par Pollux, le repas est complet, si seulement notre belle arrivait : à part cela, il ne manque rien d’autre » (CUF).
[72]. Agostiniani 2006, p. 116‑117.
[73]. Agostiniani 2009, p. 54.
[74]. Sur la graphie <qoi> de l’inscription de Duenos, voir Wachter 1987, p. 71. La morphologie du nominatif singulier masculin du relatif quī (latin archaïque quoi, qoi) reste obscure. On consultera les réflexions de Sihler 1995, p. 385 et de Meiser 1998, p. 166.
[75]. Un verbe conjugué à l’impératif peut certes se rencontrer en subordonnée, aussi bien en grec (Schwyzer 1950, p. 344) qu’en latin, comme le montrent les exemples cicéroniens du Cato maior (quos legite, 59) et du De lege agraria (hoc quod nunc uos, quaeso, perspicite atque cognoscite, 2, 95). Mais ce tour est un phénomène rare.
[76]. Citons les passages de Plaute (Rudens, 1237‑1239), atque edepol in eas plerumque esca inponitur, /quam siquis auidus poscit escam auariter, / decipitur in trasenna auaritia sua « Et parbleu, le plus souvent, il s’y trouve placé un appât. Si quelque gourmand se jette dessus trop avidement, il est pris au trébuchet, victime de sa gourmandise » (CUF), de Tite‑Live (41, 2, 13), ut quibus insuetus liberalior uictus esset, auidius uino ciboque corpora onerant, « chose naturelle pour des gens inhabitués à une chère si raffinée, [ils] se gorgent exagérément de vin et de nourriture » (CUF), et de Varron (Sat. Men., Sesqueulixes 465), ipsum auidum uini inuitari poculis large atque benigne « que lui‑même, avide de vin, est régalé de coupes libéralement et généreusement », passage, qui, d’après Cèbe (1996, p. 1866), fait référence à l’épisode de l’Odyssée où Ulysse enivre Polyphème. Suétone, dans la Vie de Tibère (42, 2), fournit un exemple où seule la boisson est concernée : In castris tiro etiam tum propter nimiam uini auiditatem pro Tiberio Biberius, pro Claudio Caldius, pro Nerone Mero uocabatur « Déjà, lors de ses débuts dans l’armée, sa passion excessive pour le vin le faisait appeler Biberius, au lieu de Tiberius, Caldius, au lieu de Claudius et Mero, au lieu de Nero » (CUF). Sur la famille de auēre, voir García‑Ramón 1996, LIV2 p. 274 et Vine 2006, p. 226.
[77]. Par exemple, chez Lucrèce : sed quia semper aues quod abest, praesentia temnis, / inperfecta tibi elapsast ingrataque uita « Mais à toujours désirer ce que tu n’as pas, et à dédaigner ce que tu as, ta vie s’est écoulée dans l’inachèvement et l’insatisfaction » (III, 957‑958) ; sed dum abest quod auemus, id exsuperare uidetur / cetera ; post aliud, cum contigit illud, auemus, / et sitis aequa tenet uitai semper hiantis « Mais absent, l’objet désiré semble dépasser tout le reste ; sa possession fait naître un nouveau désir et une soif toujours égale de vivre nous tient en haleine » (III, 1082‑1084, traduction de Guittard 2000, p. 255).
[78]. Sur cedo, voir Wackernagel 1920, p. 211‑212 ; Prosdocimi 1996, p. 277‑280 ; Sihler 1995, p. 602. Un échange du Stichus de Plaute (259‑261) suggère que les locuteurs sentaient encore la parenté entre cedo et dare : — Au ! Nullan tibi lingua est ? — Quae quidem dicat ‘dabo’: uentri reliqui eccillam quae dicat ‘cedo’ « — Oh ! tu n’as plus de langue ? — Pas pour dire : ‘‘je donnerai’’ en tout cas. En faveur de mon estomac, j’en ai gardé une, la voici, pour dire : ‘‘donne’’ » (CUF).
[79]. L’Heautontimoroumenos de Térence (332) en donne un exemple : age age, cedo istuc tuom consilium : quid id est ? « Allons, allons, voyons ce plan : quel est‑il ? » (CUF).
[80]. Sommer et Pfister 1977, p. 118‑119 ; Leumann 1977, p. 108‑109.
[81]. D’après Janda 1997b, p. 273‑274, le segment lakedokey de l’inscription d’Areyastis fournirait un point de comparaison, mais l’on ne peut exclure l’interprétation concurrente de Lubotsky 1988, p. 21‑22.
[82]. Hackstein 2001, p. 37, retrouve l’association syntagmatique *ḱedeh3 en tokharien A, sous la forme apophonique *ḱodeh3 (d’où ‑kka‑ts), avec la valeur d’une particule susceptible d’accompagner un autre impératif. Dunkel 2004, p. 45 et 49, rapproche également le gaulois duci (avec permutation des deux constituants). En revanche, contrairement à une conception parfois défendue, le sud‑picénien kduíú « je m’appelle, je suis connu comme » n’a rien à voir avec cette structure, mais remonte à *ḱluēō, comme l’a établi Rix 1994a.
[83]. Sur ce type d’impératif, voir par exemple Dunkel 1985, p. 64, et Kim 2005, p. 109‑110, n. 18.
[84]. Ce préfixe intervenait encore dans diverses formations italiques : Watkins 1973, p. 202‑206, cite ceip (Vetter 228a : CIL I2 5 ; Wachter 1987, p. 370‑372) en regard de l’osque íp (Cm 1 : Vetter 1) et du pélignien ip (Pg 9 : Vetter 213).
[85]. Meiser 2003, p. 62, 100‑101. Sur le système verbal du latin archaïque, voir de Melo 2007.
[86]. Sur cette, voir Sihler 1995, p. 544, 605 et Hackstein 2001, p. 22.
[87]. Pour le principe, voir Meiser 2003, p. 102‑103. L’existence du mécanisme a été mise en doute par Haug 2004.
[88]. Hackstein 2001, p. 26‑28 et 38.
[89]. D’après une suggestion séduisante de B. Vine, citée par Dunkel 2008, p. 407, n. 27, l’adverbe latin paene « presque » serait issu du figement de la P2 sg. d’impératif *pe ainu « take / give away ».
[90]. Mayrhofer 1986, p. 141.
[91]. Mayrhofer 1986, p. 149 ; Malzahn 1999, p. 206‑208.
[92]. Le traitement est illustré par la désinence médio‑passive de P2 sg. : *‑so > ‑re (Sihler 1995, p. 475 ; Meiser 1998, p. 72, 218).
[93]. Une telle coexistence de doublets avec et sans traitement à la pause ne serait pas choquante et a été postulée pour expliquer certains numéraux latins (Klingenschmitt 1992, p. 92, n. 9 ; Meiser 1998, p. 173).
[94]. Fictilia antiquus primum sibi fecit agrestis / pocula, de facili composuitque luto « c’est d’argile que l’antique paysan fit ses premières coupes, qu’il formait d’une terre maniable » (I, 1, 39‑40, CUF).
[95]. Archetypis uetuli nihil est odiosius Eucti / (ficta Saguntino cymbia malo luto) « Il n’est rien de plus haïssable que les antiquités du vieil Euctus (je leur préfère les tasses d’argile moulées dans la terre de Sagonte) » (VIII, 6, 1‑2) ; et crasso figuli polita caelo / septenaria synthesis Sagunti, / Hispanae luteum rotae toreuma « un lot de sept coupes sculptées en relief par le ciseau grossier d’un potier de Sagonte – œuvre d’art en argile façonnée par un tour espagnol » (IV, 46, 14‑16, CUF).
[96]. C est la notation conventionnelle d’une consonne.
[97]. Giacomelli 1962, p. 43 ; Watkins 1995a, p. 129 et 1995b, p. 45‑46 préfère compléter [ti]tela.
[98]. Ce type de tour est comparable à la réplique de Scéparnion à Ampélisque dans le Rudens de Plaute (443) : cedo mi urnam « donne‑moi ta cruche ».
[99]. Par cotexte, nous entendons la portion de texte contiguë au terme étudié.
[100]. Mayrhofer 1986, p. 143 ; Pinault 2002, p. 97. Sur bibere, voir Schrijver 1991, p. 412 et 413.
[101]. Lejeune 1991 ; Watkins 1995b, p. 40 ; Agostiniani 2000, p. 164. Dunkel 1985, p. 53, observe, à propos de l’impératif védique, que « píba serves often, especially at line‑end, as a short hieratic interjection ».
[102]. Le présent serait employé avec une valeur ou bien conative (« Allons, je m’efforce de boire, passe la cruche ! ») ou bien descriptive (« Allons, [tu vois bien que] je bois, passe la cruche ! »).
[103]. Non. 38, 13 : Conbibones, conpotores, a bibendo dicti. Lucilius lib. XXVI : quandoquidem repperii magnis conbibonum ex copiis. « conbibones, compagnons de beuveries, vient de bibere. Lucilius, livre 26 : puisque j’ai trouvé dans la grande armée des compagnons de bouteille » (CUF, livre 26, n° 70 [665M]).
[104]. Cicéron, dans une lettre adressée à Papirius Paetus (Fam. IX, 25, 2) : cum M. Fadio, quod scire te arbitror, mihi summus usus est ualdeque eum diligo cum propter summam probitatem eius ac singularem modestiam, tum quod in iis controuersiis, quas habeo cum tuis combibonibus Epicuris, optima opera eius uti soleo « Je suis en relations très suivies – je pense que tu le sais – avec M. Fadius, et lui suis très attaché : à cause de sa parfaite intégrité, de sa singulière discrétion ; et puis il m’est des plus utiles dans les disputes que je soutiens avec ce groupe de biberons épicuriens que tu fréquentes » (Correspondance, CUF, t. IV, CCXLII).
[105]. La formation (‑)bibō est mal attestée en dehors de la composition (Gaide 1988, p. 168). En latin, les formations déverbatives en ‑ō / ‑ōnis interviennent notamment dans la désignation de grands gourmands (Leumann 1977, p. 362 ; Gaide 1988, p. 137‑138).
[106]. Comme le souligne Dubois 1989, p. 192, cette restitution, évoquée par Forssman 1976, p. 46, n. 18, est la plus vraisemblable.
[107]. On songera au nom français, maintenant vieilli, pays (féminin payse), employé au sens de « compatriote ».
[108]. Rix 1986, p. 592 ; Adiego 2003, p. 2 ; Wallace 2007, p. 22, 23. L’évolution *‑ōns > ‑uf est régulière en osque.
[109]. Si la plupart d’entre elles sont des anthroponymes, ce n’est pas le cas, par exemple, de agiies (Mendolito). Puisque rien n’assure que le sicule est un dialecte sabellique, il n’est pas nécessaire de supposer qu’une séquence ‑ns finale y évolue en ‑f comme en osque, en ombrien et en sud‑picénien (Rix 1986, p. 587‑591), auquel cas elle serait probablement représentée par <b> dans la graphie. Rien n’empêche donc d’admettre qu’une séquence *‑ents aboutit à *‑ē(n)s exactement comme en latin (cf. Sommer et Pfister 1977, p. 183), si bien que agiies peut s’analyser comme le participe présent d’un correspondant du latin aiō (aiiō), apposé au sujet de geped. Puisque le radical *ag‑ suivait la flexion du type capiō (*‑Cyō, *‑Cĭs, participe en *‑Cye‑nt‑s), son paradigme apparaissait comme anormal en raison de l’altération de *‑gy‑ en ‑yy‑ (*ayyō, *agis, *ayyens), si bien que le latin a généralisé *ayy‑ alors que le sicule n’a maintenu que *agi‑ / *agy‑. Le participe présent *ayyens a ainsi été remanié en *agiyens (‑gy‑ étant remplacé par *‑giy‑ pour prévenir toute nouvelle altération de *‑gy‑ en *‑yy‑), d’où agiies « déclarant ». Le groupe iam akaram serait alors objet non de geped, mais de agiies, un attribut de l’objet étant à rechercher à l’intérieur de la séquence <epopaska>, plus précisément dans le terme opaska isolé par Rix 2000a, p. 221, n. 43 et 2002, p. 12.
[110]. Voir Agostiniani 1982, p. 514‑516. On peut citer mares (Montagna di Marzo, tombe 31), eurumakes (Amphore de Montagna di Marzo), reses, anires, rukes, hazsuie[s] (sur les tuiles de Mendolito di Adrano). Toutefois, la répétition, sur une malédiction rédigée en grec (vers ‑500), du terme ροκες, que Poccetti 2004, p. 660‑662, a rapproché du rukes de Mendolito, pourrait indiquer que rukes est un « élément classificateur » autre qu’un anthroponyme (en ce sens, Dubois 2008, p. 152), mais la question doit rester en suspens. L’existence de voltes (kotyle de Grammichele) dépend de la segmentation de la scriptio continua que l’on adopte (on a isolé, à titre d’alternative, un génitif grec voltesqō). Dans la documentation grecque de Sicile, on rencontre αραοτες, κυκυιες, πρατομακες ; ce dernier nom, d’origine grecque (dorien Πρατόμαχος), a une finale (‑ες) et une phonologie (‑κ‑ au lieu de l’aspirée ‑χ‑) typiquement indigènes (Dubois 1989, p. 200‑201). Après autopsie, Agostiniani 2006, p. 116, n. 11, rejette explicitement la lecture concurrente πρατομαρες. Pour κυκυιες, des connexions étymologiques ont été proposées par Poccetti 2004, p. 635.
[111]. Agostiniani 1992a, p. 193 et 2009, p. 54. C’est le cas de rukes hazsuie[s] et de reses anires.
[112]. Par conséquent, il n’existe pas de formule onomastique bimembre *qoiaves eurumakes ou *aves eurumakes.
[113]. Lejeune 1978, p. 47‑48 ; Dubois 1989, p. 201.
[114]. Agostiniani 1991, p. 33 et 2006, p. 116, n. 11 ; Prosdocimi 1998, p. 336.
[115]. Nous nous rangeons donc, sur ce point, aux conclusions de Prosdocimi 1998, p. 336, et d’Agostiniani 2006, p. 116, n. 11.
[116]. Il serait peu satisfaisant de considérer que eurumakes est un authentique nominatif utilisé, au lieu du vocatif, en fonction syntaxique d’apostrophe. Ce point mérite d’être souligné explicitement, car une telle hypothèse avait été avancée par Eichner 1991, p. 200, à propos de povaisis (TE 5) dans lequel l’auteur voyait un anthroponyme. Néanmoins, la forme sud‑picénienne povaisis représente en fait, comme pidaitúpas, une proposition relative univerbée « afin que tu accomplisses » : pov (*kwō, cf. latin quō) et aisis (*ag‑sī‑s, cf. latin axim). Le v de pov s’interprète comme un glide permettant de combler l’hiatus, exactement comme le v de panivú qui figure sur la même inscription TE 5 (*kwām dieu > *pāndiou > *panniou > /panniọ:/, réalisé [panniwọ:] et noté panivú, cf. latin quamdiū).
[117]. Une telle forme asigmatique de vocatif pourrait être attestée sur la stèle de Sciri (gostike), mais la division en mots est loin d’être univoque. Voir Agostiniani et Prosdocimi 1978, p. 246.
[118]. Sur le couple apaes MC 1 / apais MC 2 du sud‑picénien, voir Weiss 1998, p. 711.
[119]. Meiser 1986, p. 60. L’argument n’est toutefois pas décisif, car ce qui vaut pour le sabellique ne saurait être systématiquement applicable au sicule.
[120]. On se reportera aux observations perspicaces de de Simone 1999, p. 504. Voir aussi Prosdocimi 1998, p. 336, n. 18.
[121]. L’osque húrz (Vetter 147 : Sa 1) est ainsi issu de *ghor‑to‑s et l’ombrien fons suppose *‑ni‑s.
[122]. Et la double réfection que nous postulons pour le vocatif (*‑(i)ye / *‑ī >> ‑is >> ‑es) n’aurait rien de surprenant en elle‑même : il suffit de songer à l’accusatif masculin singulier quem du relatif latin. En effet, *kwom a d’abord été remplacé par *kwim de l’indéfini (le sud‑picénien pim de CH 1a fonctionne manifestement comme relatif) ; ensuite, sur le modèle des noms du type cīuis, l’indéfini *kwis / *kwim a été refait en quis / quem (ce qui suppose que l’accusatif ‑em se soit étendu aux dépens de ‑im dans le système nominal) ; puis ce quem du paradigme de l’indéfini est entré dans celui du relatif. Finalement : *kwom >> *kwim >> quem.
[123]. Prosdocimi 1978, p. 39 ; Agostiniani 1982, p. 504 et 514 ; id. 1991, p. 34 ; de Simone 1999, p. 502.
[124]. À supposer que l’anthroponyme sicule reses soit à rapprocher de Ῥῆσος, on gardera à l’esprit que ce dernier nom est d’origine grecque (et non thrace), comme l’a montré Schmitt 2002, p. 444‑448.
[125]. En faveur d’une limite de mots entre <...rei> et <ta...> pourraient plaider les finales ‑ei et ‑ai voisines (et donc peut‑être isofonctionnelles) de <...emai>, de <darnakei> et de <burei>.
[126]. On a vu que ‑i final s’est amuï dans la désinence primaire *‑si (abes, aves). Il est possible que devant initiale vocalique, le ‑i final de eti se soit consonantisé en ety, si bien que la séquence tam omia eti urela pourrait être heptasyllabique, exactement comme abes aked qoi aves (sept syllabes) et age pipo ked lutim (sept syllabes également). L’existence d’un doublet eti C‑ / ety V‑ de coordonnants sicules trouverait un parallèle approximatif en latin dans la répartition de atque et de ac (Sommer et Pfister 1977, p. 214).
[127]. Lühr 2000, p. 256. Notre étymologie a déjà été entrevue, pour urela, par Prosdocimi 1978, p. 32.
[128]. Sur les formes indo‑iraniennes, voir EWAia II, p. 544‑545.
[129]. D’après Schindler 1980, p. 84.
[130]. Watkins 1987a, p. 402 ; Wodtko et al. 2008, p. 715‑717.
[131]. Melchert 1994, p. 245 et 265.
[132]. Matasović 2009, p. 424.
[133]. Weiss 1995, p. 143, qui a étudié le développement de cette famille en latin, propose, sans écarter complètement l’explication traditionnelle par la racine *wegw‑, d’analyser ūdus (« chargé d’eau, trempé ») comme le reflet de *uh1‑id(h)o‑s, prototype qui aurait régulièrement évolué en *uwid(h)os puis en ūdus (parallèle phonétique : *kruh2‑id(h)o‑s > *kruwid(h)os > crūdus). Quant à ūuidus, il ne s’agit pas du maintien de la forme ancienne (archaïsme phonétique), mais d’une forme refaite, sous la pression morphologique des autres adjectifs en ‑idus, avec une longue analogique de ūdus. Weiss a également rattaché à ce groupe, avec de bons arguments, hūmor / ūmor « toute espèce de liquide », hūmidus / ūmidus « humide, liquide », hūmeō / ūmeō « être humide », ainsi que ūlīgō « humidité de la terre », qui est fait sur *ūmos (< *uh1‑mo‑s) d’après le modèle de fūmus / fūlīgō, le thème fūlī‑ (issu de *dhuh2‑li‑) possédant une certaine antiquité, vu qu’il est supposé par le sanskrit dhūli‑ « poussière » et le vieil irlandais dúil « désir, envie » (Pinault 2002, p. 100). Weiss a enfin proposé, de façon plausible, de comparer cet *ūmos reconstruit au lituanien ūmas « rapide, brusque, soudain » et « frais, non séché » et, dans le domaine italique, au paléo‑falisque umom (inscription n° 242a du recueil de Vetter 1953, p. 283‑285, n° 2a de celui de Giacomelli 1962, p. 44‑46), qui signifierait alors « boisson, vin », mais pour lequel une analyse concurrente existe, puisque Rocca 1997, p. 193, et Mancini 2004, p. 205‑206, rapprochent umom du hernique udmom (*‑dm‑ serait devenu ‑mm‑ en falisque). Il faudrait dans ce cas traduire, avec Mancini, umom par « brocca (scil. di vino) ».
[134]. Sur le tam latin, voir les réflexions de Schmidt 1988 et de Dunkel 1997, p. 75‑76.
[135]. Puisque abes est un verbe intransitif, formant à lui seul une proposition, la séquence initiale tam ura devrait constituer une phrase entière. Même si l’on admet que sicule tam est un mot‑outil apparenté au latin tam, il n’est pas possible, nous semble‑t‑il, d’aboutir à une traduction entièrement satisfaisante de tam ura en attribuant au tam sicule les valeurs qui sont celles du tam latin. En revanche, une solution se dessine si l’on donne au tam sicule non le sens du tam latin, mais celui d’un adverbe qui en est tiré, par exemple tandem. Il serait alors possible d’interpréter tam ura comme une exclamation (« Enfin, la boisson ! ») proférée par un convive impatient qui aperçoit un échanson apportant un vase rempli de vin. Ou bien tam a développé ici un sens voisin de tamen, ce qui conviendrait également au contexte : « Il y a pourtant de la boisson ! Tu es loin, approche, toi qui brûles (de boire) ». Le personnage qui prend la parole feindrait de croire que son interlocuteur se tient à distance parce que la boisson qu’il convoite n’est pas encore là. Ou bien encore, tam serait une particule assévérative. De façon alternative, tam pourrait s’analyser comme un accusatif féminin singulier pronominal, employé comme adverbe à sens directionnel : tam ura signifierait alors, en substance, « Par ici la boisson ! ».
[136]. Les mots brefs, tels be qui ne compte que deux lettres, offrent par nature peu de prise à l’exégèse.
[137]. L’ingénieux rapprochement que propose Manganaro 1978, p. 256, entre <lutimbe> et la séquence de la stèle de Sciri qu’il lit <inrube> méritait certes d’être formulé, mais semble ne mener à rien.
[138]. Grammont 1950, p. 336‑337.
[139]. Nous n’excluons pas que des facteurs morphologiques, se superposant à l’action de l’usure phonétique, aient contribué à la réduction de pibe à be. Simplement, l’étroitesse de la documentation ne permet pas de les préciser.
[140]. L’homophonie entre les deuxième et troisième personnes du singulier de l’impératif futur s’explique précisément par une hapaxépie ancienne, *‑tu‑tōd étant simplifié en *‑tōd, comme l’ont bien vu Szemerényi 1954, p. 952 et 1966, p. 4 ; Forssman 1985, p. 191 ; García‑Ramón 2006, p. 27.
[141]. Ainsi, les impératifs védiques en ‑si s’expliquent par une hapaxépie : Szemerényi 1966, p. 3‑4 ; Jasanoff 1987 ; García‑Ramón 2006, p. 26. Hackstein 2007, p. 109‑111 a identifié chez Homère un cas d’hapaxépie à l’indicatif présent : le contexte d’altercation entre Achille et Agamemnon justifierait la perte du redoublement dans προθέουσιν (Iliade I, 291), le poète cherchant à rendre le débit allegro en employant une forme prise à la langue orale.
[142]. Une chute précoce de ‑d final est attestée sur l’inscription paléo‑sabellique Um 4 (Tolfa). Il serait en effet bien difficile de croire que la forme face, sans redoublement, comportant donc un thème d’aoriste, non de parfait, ait été pourvue secondairement d’une désinence de parfait ‑e (dont l’existence est d’ailleurs mal établie pour le sabellique). La terminaison devait par conséquent être à l’origine *‑e‑d (voyelle thématique suivie de la désinence secondaire). Voir les réflexions de Rix 1992a, p. 252 et 2003, p. 157, n. 26. À titre de parallèle, rappelons que le ‑d final s’est parfois amuï en nord‑osque sous l’influence du sud‑picénien, idiome dont les affinités avec le sabin sont bien connues. Le phénomène est décrit par Meiser 1987, p. 118‑120, et Rix 2000b, p. 222.
[143]. La reconstruction d’une terminaison *‑tō (sans *‑d), avancée par Prosdocimi 1990, p. 305 et 320, a été contestée à juste titre par Rix 1993b, p. 85‑86. Nous suivons le savant allemand qui admet une chute de ‑d final pour la variété falisque de cette inscription, évolution dans laquelle il voit précisément un « modernisme » phonétique (mais ‑d final est maintenu dans les autres documents paléo‑falisques). En effet, Thurneysen 1885, p. 179, a correctement interprété la finale *‑tōd d’impératif futur comme l’ancien ablatif neutre singulier du thème pronominal *to‑, tandis que la forme étoffée d’ablatif védique tásmād suppose une innovation (de date indo‑européenne) dont le mécanisme est discuté par Gippert 2004, p. 160. L’ablatif adverbial *tōd était pris au sens de « von da an », « à partir de tel point dans l’avenir ». Satisfaisante d’un point de vue tant formel que fonctionnel, l’interprétation de Thurneysen est retenue par Szemerényi 1954, p. 946, et par Forssman 1985, p. 190‑191.
[144]. C’est le mérite de Prosdocimi 1990, p. 298, et de Rocca 2005, p. 256, d’avoir insisté sur l’existence de ce <b>.
[145]. Rix 1993b, p. 86 estime que « [d]er Textschluß ‘‘und veranlaßt (sie / ihn), hier zu bleiben’’ könnte von Fans an eine fahrende Schauspieler‑ oder Tänzergruppe gerichtet sein ». Voir également Rix 1996, p. 236 et 1997, p. 38.
[146]. Rix 1981, p. 116‑122 (2001, p. 284‑290), et 1998b, p. 209 ; Meiser 1986, p. 184 ; Prosdocimi 1995, p. 40.
[147]. Ainsi dans l’Iliade (IX, 224‑228) : πλησάμενος δ᾽οἴνοιο δέπας δείδεκτ᾽Ἀχιλῆα· / χαῖρ᾽Ἀχιλεῦ· δαιτὸς μὲν ἐΐσης οὐκ ἐπιδευεῖς / ἠμὲν ἐνὶ κλισίῃ Ἀγαμέμνονος Ἀτρεΐδαο / ἠδὲ καὶ ἐνθάδε νῦν, πάρα γὰρ μενοεικέα πολλὰ / δαίνυσθ᾽· ἀλλ᾽ οὐ δαιτὸς ἐπηράτου ἔργα μέμηλεν « [Ulysse] emplit une coupe de vin et, la levant vers Achille, il lui dit : “Salut, Achille ! Les repas où chacun a sa part ne nous manquent point aujourd’hui, aussi bien dans la baraque d’Agamemnon, le fils d’Atrée, que dans la tienne maintenant. Nous avons là, pour festoyer, force plats délectables ; mais ce n’est pas le soin d’un plaisant repas qui nous préoccupe à cette heure” » (CUF).
[148]. Sur (pi)pafo, voir les remarques de Lejeune 1991 et de Seldeslachts 2002.
[149]. « Buvons ! Pourquoi attendre les lampes ? Il n’y a plus qu’un doigt de jour » (Liberman 2002, t. II, p. 149, frg. 346).
[150]. Trumpf 1973, p. 144, n. 15 ; Burzacchini et Degani 1977, p. 232.
[151]. Elle en comporte six, si be est bien un impératif, comme nous l’avons proposé.
[152]. Nous ne voulons pas suggérer, par l’emploi de ce terme, que les indigènes de Montagna di Marzo ont adopté tous les aspects de la pratique grecque du symposion. Sur ce point, voir Agostiniani 2000, p. 167.
[153]. Ou bien, si l’on rattache Eurymaque à ce qui précède : (L à I1) « [...] Tu es loin. Approche‑toi, toi qui as envie (de boire), Eurymaque ! » ; (L à I2) « Allons, soiffard, passe la cruche (à I1) ! » ; (L à I1) « bois ! ».
[154]. Dans ce cas pipo est un indicatif présent (P1 sg.) ; « Je bois » est pris au sens conatif : « je cherche à boire ».
[155]. On ne peut en fait exclure que be soit prononcé par le même locuteur que le segment qui précède immédiatement, avec le sens dérivé de « à la tienne ! ».
[156]. Bowie 1993, p. 366‑368.
[157]. Les aspects poétiques (autres que métriques) de certaines inscriptions de l’Italie préromaine ont connu ces dernières années un regain d’intérêt justifié : citons par exemple les études de Vine 2006 (sur les passages poétiques contenus dans les Tables Eugubines), de Eska et de Mercado 2005 (touchant le domaine celtique d’Italie), ainsi que notre propre contribution, portant sur le sud‑picénien (Martzloff 2007, p. 184‑185). On trouvera chez Zumthor 1983, p. 136‑144 une réflexion sur les figures et les traits linguistiques qui caractérisent en général la poésie orale.
[158]. Watkins 1995a, p. 132.
[159]. Le groupe toúta tefeí posmúi (TE 7), si l’on était en droit de l’isoler comme séquence rythmique, formerait également un heptasyllabe (Weiss 1998, p. 709).
[160]. L’association de paronymes complémentaires est un procédé attesté dans la poésie ombrienne la plus archaïque : ainsi, la séquence remarquable sonitu sauitu / sunitu sauitu « détruis, anéantis » (TIg. VIb 60, VIIa 49) remonte à *ksoneyetōd ksoweyetōd, le premier verbe procédant de *kþonéye/o‑, avatar de *tkon‑éye/o‑ (racine de κτείνω), et le second étant apparenté au latin saucius « blessé » (*saw-Vk‑(i)yo‑, dérivé d’un plus ancien *ksow‑Vk‑, de la racine *ksew‑ de ξύω), avec un développement phonétique *‑ow‑ > ‑aw‑ conformément à la loi de Thurneysen‑Havet (Vine 2004 et 2006). Par ailleurs, le groupement aked / ked rappelle, par exemple, les couples sepulchrum / pulchrum (Heic est sepulcrum hau pulcrum pulcrai feminae, CIL I2, 1211) et desis / des chez Tite‑Live 22, 39, 21 (neque occasioni tuae desis neque suam occasionem hosti des).
[161]. On peut imaginer que lors d’un déchiffrage hâtif de la scriptio continua, un lecteur sicule devait avoir spontanément tendance à achopper sur le nom étranger eurumakes (même si le grec lui était familier) et à isoler « akes », qui ressemble à la fois à abes / aves et à aked, le risque étant d’autant plus grand qu’il a déjà rencontré une frontière de mot après un <m> (dans tam ura, d’où une fausse coupe eurum‑akes). Une segmentation de la scriptio continua au premier coup d’œil n’allait donc certainement pas de soi, même pour un locuteur averti du sicule. On a l’impression que le texte a été conçu pour donner lieu à un décodage ludique. Watkins 1995b, p. 49 décèle dans l’inscription sud‑picénienne TE 2 également « a taste for verbal play, ellipsis, and ambivalence, which serves as a barrier protecting the poetic message ».
[162]. Sur ce terme, voir Calvet 1997, p. 14‑20.
[163]. En supposant que pipo est un vocatif, non une forme verbale de première personne du singulier.
[164]. Watkins 1987b, p. 6 ; 1995a, p. 110‑111.
[165]. Agostiniani 1992b, p. 141.
[166]. Dubois 2008, p. 176.
[167]. Dubois 1989, p. 190 (n° 166, normalisé en Γελõιος Ἀκας ἔραται) ; Watkins 2006, p. 518‑519.
[168]. L’expression, très crue, signifie « le rédacteur enfilera le lecteur » : Forssman 1976, p. 42 ; Dubois 1989, p. 191‑194 (n° 167).
La variation linguistique dans les langues de l’Italie préromaine.
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