Bernard Dov Cooperman (éd.), In Iberia and Beyond. Hispanic Jewry between Cultures

Ce recueil articles est édition des actes du colloque tenu en 1992 uni versité de Maryland occasion du 500e anniversaire de expulsion des juifs Es pagne Il inscrit donc dans une série dense de publications de ces congrès tenus en 1992 en Israël Espagne France et tats-Unis Bernard Dov Cooperman en est conscient cet anniversaire provoqué

un regain études de tous genres sur les juifs Espagne antisémitisme et sur ce Americo Castro appela la conviven cia entre juifs musulmans et chrétiens dans la péninsule Ibérique médiévale Comme dans la plupart des colloques organisés sur ce thème on trouve des synthèses très vastes des réflexions propos de ou des monographies très spé cialisées sur un lieu ou sur un thème étroit du judaïsme ibérique et séfarade Plu sieurs auteurs de communication ont ailleurs participé autres congrès en 1992 sur ce même objet et ne cachent pas ils répètent ou adaptent ce ils présentent ailleurs Dwayne Carpenter analyse image du juif dans les poésies en galicien du roi Alphonse le Savant 1252-1284 de Castille Sur 420 Cantigas 40 campent des juifs objets et sujets des mi racles de la Sainte Vierge Ils sont repré sentés selon cinq thèmes la culpabilité des juifs dans la mort de Jésus-Christ le refus par les juifs de comprendre la vir ginité de Marie les juifs alliés au démon les juifs avares enfin le repentir et le rachat des juifs En ce 13e siècle castillan qui ne connaît pas la tolérance le juif est essentiellement le déicide et incroyant mais il finit toujours par se convertir grâce un miracle de la Vierge Bernard Septimus revient sur le discours judéo- espagnol du 12e siècle poursuivi tra vers les siècles au moment des persécutions et des exils Vaut-il mieux vivre en Edom les pays chrétiens ou en Ismael les pays musulmans pour un juif de ces temps est selon car les juifs fuient les persécutions almor vides et almohades en abritant dans Espagne chrétienne ou le Languedoc mais partir de 1391 temps de massacres et de conversions forcées ils quittent au contraire Edom pour Ismael surtout le Maghreb avant les Pays ottomans Mark Meyerson se penche sur une localité du royaume de Valence Murviedro très privilégiée au 15e siècle alors que les persécutions semblent avoir vidé de ses juifs le reste du royaume est un coup

IDENTITES RELIGIEUSES ET CONVERSIONS

d'œil sur les activités économiques tra­ditionnelles des juifs ibériques, la percep­tion des rentes royales ou ecclésiastiques, le prêt d'argent, le commerce du vin et des draps, l'artisanat textile et la culture de la terre, ce qui est tout à fait judéo-ibérique. Une communauté encore en plein dynamisme entre 1391 et 1492.

Benjamin R. Gampel, quant à lui, réflé­chit sur cette coexistence prônée par A. Castro. Les juifs de Navarre sont peut-être 3 500 avant leur expulsion de l'hiver 1498 (ils sont les derniers juifs ibériques, après les Portugais et ceux des deux Cou­ronnes des Rois Catholiques). Beaucoup d'Aragonais se sont réfugiés dans Tudela et ses alentours en 1492. Les décrets d'en­fermement et d'exclusion des juifs sont venus très tard dans le royaume de Na­varre où la vie juive a été très épanouie. Mais, sous les menaces des inquisiteurs et des Rois (qui conquièrent en 1512 la plus large partie du royaume), les rois de Navarre, qui se préoccupent assez peu de leur royaume (également vicomtes de Béarn, ils vivent à Pau), prennent la me­sure d'expulsion qui les alignent sur les autres royaumes ibériques. Isaac Benabu analyse de façon très technique le « kharja », ligne en caractères hébraïques ajoutée au « Muwassah », la poésie en arabe des 10e-12e siècles. Ces textes por­tant de l'hébreu ont été conservés dans la Genizah du Caire. Eleazar Gutwirth se pose la question de savoir si une so­ciété véritablement «bourgeoise» s'est développée chez les juifs espagnols. Des aristocrates juifs de cour, il y en eut certainement, mais sans avoir exactement le même genre de vie (la chasse, la fau­connerie, par exemple, leur sont incon­nues). Mais les bourgeois juifs sont nombreux, Eleazar Gutwirth en est per­suadé, analysant le train de vie familial, la place de la femme, le sens civique très développé et bien sûr les occupations éco­nomiques. Mosse Nathan, juif catalan de la première moitié du 13e siècle, a écrit Les fins de la vie (édité à Venise en 1615), typique livre de bourgeois sur la vie et la mort, l'argent, la maison, la femme et les

fils. Daniel Lasker montre combien les intellectuels juifs devaient connaître l'es­sentiel des arguments chrétiens et la culture latine, au moins pour soutenir les disputes judéo-chrétiennes répandues aux 14e et 15e siècles. Après avoir passé en revue les principaux écrivains juifs depuis le 12e siècle, il analyse surtout Hasdaï Crescas, Profiat Duran et Josef Albo, tous trois en ce début du 15e siècle très marqués par saint Thomas d'Aquin. C'est ce que développe plus largement Hava Tirosh-Rotschild en partant d'Aristote et de^ ses définitions du bonheur dans l'Éthique à Nicomaque, bonheur atteint par la sagesse pratique et par la sagesse philosophique de l'homme, qui a le libre choix de parvenir à la contemplation, à la vertu complète, soit le bonheur. Maïmo-nide a concilié Aristote et le judaïsme rabbinique, l'homme ayant un intellect-agent lui donnant accès au savoir, à la connaissance de Dieu, soit une autre dé­finition du bonheur (alors que le judaïsme rabbinique ne comprend pour l'atteindre que l'accomplissement de la Torah, ca­deau de Dieu aux hommes). Hasdaï Cres­cas rejette le rationalisme de Maïmonide, alors que Joseph ibn Shem Tov revient à la synthèse maïmonidienne. La théologie complète la raison et l'homme qui est le meilleur de la création divine peut par­venir, par ces deux sagesses, à la félicité ultime, la vision de Dieu et non pas seu­lement son savoir. Toutes leçons données aux juifs du 15e siècle, restés juifs malgré les menaces de 1391-1414 dans la Castille et l'Aragon.

Puis, une série de communications traite du monde séfarade aux 16e et 17e siècles. Linda Martz analyse les statuts de « Limpieza de Sangre » promulgués à To­lède en 1547 et 1560, excluant des corps municipaux et des offices les conversas, très nombreux à s'y presser et à y réussir jusque-là. Les souverains d'Espagne à court d'argent avaient multiplié les offices de Regidores et les avaient vendus, et les conversas riches en avaient très bien pro­fité. Renée Levine Melammed, grâce à des procès d'inquisition de la province de To-

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il sur les activités économiques tra ditionnelles des juifs ibériques la percep tion des rentes royales ou ecclésiastiques le prêt argent le commerce du vin et des draps artisanat textile et la culture de la terre ce qui est tout fait judéo- ibérique Une communauté encore en plein dynamisme entre 1391 et 1492 Benjamin Gampel quant lui réflé chit sur cette coexistence prônée par Castro Les juifs de Navarre sont peut- être 500 avant leur expulsion de hiver 1498 ils sont les derniers juifs ibériques après les Portugais et ceux des deux Cou ronnes des Rois Catholiques Beaucoup Aragonais se sont réfugiés dans Tudela et ses alentours en 1492 Les décrets en fermement et exclusion des juifs sont venus très tard dans le royaume de Na varre où la vie juive été très épanouie Mais sous les menaces des inquisiteurs et des Rois qui conquièrent en 1512 la plus large partie du royaume) les rois de Navarre qui se préoccupent assez peu de leur royaume également vicomtes de earn ils vivent Pau) prennent la me sure expulsion qui les alignent sur les autres royaumes ibériques Isaac Benabu analyse de fa on très technique le kharja ligne en caractères hébraïques ajoutée au Muwassah la poésie en arabe des 10e-12e siècles Ces textes por tant de hébreu ont été conservés dans la Genizah du Caire Eleazar Gutwirth se pose la question de savoir si une so ciété véritablement bourgeoise est développée chez les juifs espagnols Des aristocrates juifs de cour il en eut certainement mais sans avoir exactement le même genre de vie la chasse la fau connerie par exemple leur sont incon nues Mais les bourgeois juifs sont nombreux Eleazar Gutwirth en est per suadé analysant le train de vie familial la place de la femme le sens civique très développé et bien sûr les occupations éco nomiques Mosse Nathan juif catalan de la première moitié du 13e siècle écrit Les fins de la vie édité Venise en 1615) typique livre de bourgeois sur la vie et la mort argent la maison la femme et les ls Daniel Lasker montre combien les intellectuels juifs devaient connaître es sentiel des arguments chrétiens et la culture latine au moins pour soutenir les disputes judéo-chrétiennes répandues aux 14e et 15e siècles Après avoir passé en revue les principaux écrivains juifs depuis le 12e siècle il analyse surtout Hasdaï Cres as Profiat Duran et Josef Albo tous trois en ce début du 15e siècle très marqués par saint Thomas Aquin est ce que développe plus largement Hava Tirosh-Rotschild en partant Aristote et de ses définitions du bonheur dans Ethique Nicomaque bonheur atteint par la sagesse pratique et par la sagesse philosophique de homme qui le libre choix de parvenir la contemplation la vertu complète soit le bonheur Maïmo- nide concilié Aristote et le judaïsme rabbinique homme ayant un intellect- agent lui donnant accès au savoir la connaissance de Dieu soit une autre dé finition du bonheur alors que le judaïsme rabbinique ne comprend pour atteindre que accomplissement de la Torah ca deau de Dieu aux hommes Hasdaï Cres as rejette le rationalisme de Maïmonide alors que Joseph ibn Shem Tov revient la synthèse maïmonidienne La théologie complète la raison et homme qui est le meilleur de la création divine peut par venir par ces deux sagesses la félicité ultime la vision de Dieu et non pas seu lement son savoir Toutes le ons données aux juifs du 15e siècle restés juifs malgré les menaces de 1391-1414 dans la Castille et Aragon Puis une série de communications traite du monde séfarade aux 16e et 17e siècles Linda Martz analyse les statuts de Limpieza de Sangre promulgués To lède en 1547 et 1560 excluant des corps municipaux et des offices les conversos très nombreux presser et réussir jusque-là Les souverains Espagne court argent avaient multiplié les offices de Regidores et les avaient vendus et les conversos riches en avaient très bien pro fité Renée Levine Melammed grâce des procès inquisition de la province de To-

lède montre le rôle des mères et grand- mères des familles judéo-converties pour transmettre la fin du 16e siècle encore les prières et les coutumes juives de tou jours Dov Cooperman jette un coup il sur les juifs du port Anc ne dans les tats du pape qui accueille largement les Portugais qui veulent revenir au judaïsme Car Anc ne est le port de commerce avec Empire ottoman et la liberté de culte est gage de fréquentation et de richesse Mais en 1555 le pape Paul IV fait arrêter ou chasser tous ces apostats Enfin Henry Mechoulan montre que tous ces juifs Amsterdam qui manient espagnol langue de culture et le portugais langue véhiculaire) ils soient orthodoxes Menashe ben Israël ou hétérodoxes Spinoza) connaissent toute la culture hispano-chrétienne réflé chissent et argumentent comme des Es pagnols sont des Espagnols Toute synthèse réfléchie est précieuse conserver même si originalité est par fois oubliée on en effet impression du déjà lu pour beaucoup de ces pages Quel ordre exact présidé au déroulement de ces communications Sans doute la chronologie mais elle est pas suivie rigoureusement idée de conviven cia proposée par Dov Cooperman après Castro ne se soutient pas toujours ni partout Malgré ces brèves critiques cet ouvrage est un intéressant ensemble sur ces juifs ibériques qui vécurent comme les autres écrivirent et par lèrent les langues de leur entourage tout en restant profondément juifs malgré toutes les attaques de ces mondes dans lesquels ils étaient plongés Béatrice LEROY