LA RELIGION d'uRIEL DA COSTA, MARRANE DE PORTO 47
Gabriel da Costa, élevé par un père sincèrement catholique, instruit des traditions intellectuelles chrétiennes à l'Université de Coïmbre, pratiquant scrupuleusement un catholicisme d'abord profondément enraciné en lui, commence à éprouver vers l'âge de vingt-deux ans des doutes sérieux sur la réalité d'une existence d'outre-tombe. Ayant confronté minutieusement l'Ancien et le Nouveau Testament, il se décide, après la mort de son père, en faveur de la Loi de Moïse, et, bien qu'il entretienne des doutes sur plusieurs points, il convertit l'ensemble de sa famille à son point de vue. Accompagné de sa mère et de ses frères, il s'embarqua pour le Nord de l'Europe. Mais là, tandis que ses frères s'intègrent parfaitement au judaïsme rabbinique, Gabriel (devenu Uriel après la circoncision) entame une évolution spirituelle qui le met presque immédiatement en marge des communautés judéo-portugaises. Il repousse tout d'abord la Loi Orale, c'est-à-dire l'ensemble des interprétations et des traditions que les Rabbins font remonter à une révélation orale accordée à Moïse par Dieu en même temps que la Loi Écrite. Puis Uriel refuse l'exégèse traditionnelle du judaïsme et conclut à l'inexistence d'une affirmation de l'immortalité de l'âme dans ce qu'il considère comme les parties « authentiques » de l'Ancien Testament. Enfin, franchissant le pas décisif, il nie l'existence de toute révélation divine et se rallie à la « loi première », « commune et innée à tous les hommes », c'est-à-dire à un déisme d'essence naturaliste.
Parvenu à cette apaisante certitude, il juge insensé de vivre en étranger au milieu d'un peuple, les Hollandais, dont il ignore même la langue. Un de ses cousins facilite sa réconciliation avec la communauté judéo-portugaise d'Amsterdam, où ses frères occupent une place très honorable. Mais, au bout d'un certain temps, sa conduite trahit son manque de foi dans les croyances et pratiques du judaïsme rabbinique : il est à nouveau excommunié, et son cousin, se jugeant à bon droit dupé par lui, devient son ennemi acharné. Pour le réadmettre en son sein, la communauté exige qu'il se rétracte : Uriel

















