46 REVUE DE L'HISTOIRE. DES RELIGIONS
Cependant, en. 1497, le souverain' portugais, Emmanuel '> Ier,. convertit de force au catholicisme tous les Juifs installés dansi son royaume. Cette seconde masse de « Nouveaux-Chrétiens » hispaniques n'est pas inquiétée pendant près de quarante ans : elle resta , secrètement fidèle, dans : sa grande ' majorité,- à un judaïsme nécessairement appauvri: Pour; lutter contre ce nouveau; crypto-judaïsme, le successeur, d'Emmanuel Ier, Jean- III; adopte la méthode: espagnole- et obtient,, en 1536, la création d!une Inquisition qui passera : bientôt pour un des plus' sévères- instruments, de- repressions de l'hérésie dans le monde catholique.
(Vest dans cette atmosphère de clandestinité judaïsante <■ et de terrorisme inquisitorial que prend son départ la singulière trajectoire religieuse d'Urielda Costa. Utilisant assez malencontreusement une - exception pour formuler la règle générale, la romaniste germano-portugaise Carolina Michaëlis deVasconcelos a affirmé que « la mission du Marrane était de chercher Dieu ». On ne saurait imaginer définition plus exacte. Pour employer une formule inquisitoriale - acceptée par les judaïsants- péninsulaires, la véritable mission du Marrane était de « faire son salut dans la Loi de Moïse, et non dans la foi de Jésus-Christ ». Pour le Marrane qui i n'avait pas le - courage ou la possibilité de vaincre les obstacles qui ; s'opposaient à son expatriation, cette « Loide Moïse » acquérait un* contenu^ spécial- dont l'étude- va; justement retenir notre attention. Pour le Marrane qui réussissait à s'enfuir vers un pays où ■ l'exercice du judaïsme : était soit officiellement autorisé soit tacitement toléré, le problème, facilement résolu* en général, consistait à redonner à; la* Loi de Moïse tout le sens dont l'avait enrichi le judaïsme rabbinique.
L'aventure métaphysique d'Uriel da Costa* constitue: la plus remarquable des exceptions à la loi générale et, comme nous l'avons rappelé, ici-même dans un précédent exposé, nous pouvons être sûrs que cette aventure a été profondément méditée à Amsterdam* par le fils du- Marrane Michael' de Spinoza.

















