POLITIQUES D'EMPLOI ET TERRITOIRES 239
difficilement leurs besoins en main-d'œuvre. L'objectif est de réduire le chômage frictionnel en favorisant la mobilité sectorielle et géographique de la main-d'œuvre (création de l'AFPA en 1966 et de l'ANPE en 1967). Le chômage, pas encore objet géographique, n'est étudié qu'accessoirement par la géographie économique et régionale (Montagné-Villette, 1999). Pierre Estienne, qui n'aborde l'emploi que par les difficultés de recrutement des entreprises, écrit encore en 1979 à propos des charbonnages du nord: «On passe de 200000 emplois dans les houillères en 1946 à 41000 en 1976, les effectifs du fond tombant dans le même temps de 135000 à environ 19000; une main-d'œuvre qu'il avait fallu faire venir à grands frais et loger en faisant sortir du sol des villes entières. [...] Et les familles de mineurs où on travaillait au fond depuis plusieurs générations ont si bien ressenti la crise que les Houillères n'arrivent même pas à recruter le personnel qui leur est encore nécessaire et que la part de la main-d'œuvre nord-africaine, surtout marocaine, ne cesse d'augmenter» (Estienne, 1979, p. 154).
Sous l'effet de sa progression notable à partir de 1974, de son maintien à un niveau élevé et de l'allongement de ses durées moyennes, le chômage n'est plus seulement pensé comme un problème strictement économique mais aussi comme une réalité sociale à traiter pour elle-même. Tout en révélant l'inefficacité des politiques macro-économiques, la mas- sification du chômage impose la mise en œuvre de dispositifs conçus pour en atténuer les conséquences sociales autant que pour améliorer réellement la situation de l'emploi. Dès lors, «politique de l'emploi» va s'écrire au pluriel (Join-Lambert, 1994, p. 181). Les différents dispositifs s'organisent selon une distinction entre dépenses passives et dépenses actives: les premières visent à apporter un revenu aux chômeurs en les indemnisant et à assurer la solidarité entre générations par des incitations financières à sortir de la population active (préretraites, aides au retour); très variées - mesures d'aide à l'embauche, à la création d'emplois et d'entreprises, à la formation pour améliorer l'employabilité, etc.) -, les secondes cherchent à éviter le chômage d'exclusion, à faciliter l'insertion ou la réinsertion, et prennent pour cela une forme de plus en plus territo- rialisée.
Bien que l'Etat demeure le principal acteur public de la lutte contre le chômage, les collectivités locales y sont toujours plus impliquées; les instances de concertation, de gestion et d'observation se sont multipliées. De cette diversification des acteurs et de l'évolution des formes d'intervention vers davantage de territorialisation, découle une géographie de l'insertion et des politiques de l'emploi marquée par la complexité: inégalement répartie dans l'espace, et notamment plus importante et plus variée en milieu urbain, l'offre d'insertion par l'économique reflète les structures économiques locales et l'inégale mobilisation des acteurs; l'insertion a créé ses propres découpages qu'il s'agit aujourd'hui de mettre en cohérence et d'adapter aux besoins d'une gestion de proximité; par les partenariats sur lesquels ils reposent, les dispositifs actuels sont créateurs de territoires. Notre propos, relativement général, s'appuie sur de nombreuses études de terrain conduites en llle-et-Vilaine.



















