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LES MOTS ET LES CHOSES EN HISTOIRE ÉCONOMIQUE
Quel profit mutuel historiens et linguistes peuvent recueillir d'une collaboration ou, à tout le moins, d'une entente fondée sur la connaissance précise de leurs besoins particuliers ; plus précisément, quel intérêt présentent pour l'histoire de grandes synthèses comme celle que poursuit avec tant de vaillance Mr Ferdinand Brunot — on le sait et pour ma part, depuis bien longtemps, je l'ai dit et redit de mon mieux1. Mais ce sont là des généralités, et qui n'importent pas directement à nos Annales, à leur dessein particulier, à leur public.
Par contre, il est un fait qui doit les intéresser, et très directement. C'est l'attention que, de plus en plus, les linguistes accordent au vocabulaire — attention si soutenue qu'un bon juge, Mr Vendryes, pouvait écrire récemment : « Aujourd'hui, la partie de la linguistique qui semble appelée aux plus sérieux progrès, c'est l'étymologie. » — Mais en quoi, dira-t-on, l'étymologie peut-elle importer aux recherches historiques, et, tout spécialement, aux recherches d'histoire économique ?
L'étymologie formelle, celle que nous avons connue jadis, en rien assurément. Mais précisément, depuis plusieurs années déjà, les linguistes se sont avisés qu'il était absurde et contre nature de séparer, dans leurs études, les mots des choses mêmes qu'ils signifient. Dès 1906, dans une leçon d'ouverture au Collège de France2, Mr Meillet déclarait : « L'étude des mots ne peut se séparer de l'étude des choses désignées par ces mots. » Et, déjà en 1905, Gilliéron et Mongin, dans leur monographie de géographie linguistique, Scier dans la Gaule romane du Sud et de VEsts, rattachaient curieusement l'histoire de deux mots à une transformation d'outillage, à la substitution de la faucille lisse à la faucille dentelée. Bientôt (1909) se créait en Allemagne une revue, pourvue d'un titre sans obscurité : Wôrter und Sachen*, sur l'initiative d'un savant, R. Meringer, qui professait la
1. Dans la Bévue de Synthèse historique, depuis 1906 : L. Febvee, Histoire et dialectologie (t. XII, 1906) ; Histoire et linguistique (t. XXIII, 1911) ; Le développement des langues et l'histoire (t. XXVIII, 1913) ; Langue et nationalité en France au XVIIIй siècle (t. XLII, 1926) ; Le français sous la Bèvolulion d'après M* F. Brunot (t. XLV, 1928). 2. L'état actuel des études de linguistique générale, leçon d'ouverture du Cours de grammaire comparée, lue le mardi 13 février 1906. Paris, 1906, in-8°, p. 12. 3. Paris, Champion, 1905, 30 p. et 5 cartes in-4°. Voir L. Febvre, Histoire et dialectologie, article cité, p. 8 et suiv. 4. Kulturhistorische Zeitschriftfur Sprach- und Sachforschung, hggvon R.Mebinger, W. Meyer-Lubke, J. J. Mikkola, R. Much, M. Murko, Heidelberg, 1909 et suiv.























